‹ Nietzsche (volume 2)Chapitre 43 sur 99 · LA FIN DE T H I B S G H E N · texte numérisé non relu

LA FIN DE T H I B S G H E N

de l'essence de la civilisation grecque. Le frisson de l'inspiration le secoue quand il y songe. Mais il détourne de ce spectacle terrible les âmes faibles. A qui donc réserve-t-il des vérités si effrayantes? Il nous le dit :

Je n'ai pas de vœu plus ardent que de rencontrer un jour un homme à qui je puisse tenir ce discours, un homme dune hauteur courroucée, de regard hautain, d'audacieux vouloir ; -lutteur, poète et philosophe à la fois, et qui marcherait d'un pas capable d'enjamber des serpents et des monstres. Ce héros futur de la connaissance tragique aura au front le reflet de cette sérénité grecque, cette auréole, à la lumière de laquelle sera inaugurée une résurrection encore à venir de l'antiquité, la Renaissance allemande du monde hellénique (1).

Et qni pouvait être cet adolescent allemand doué de « cette intrépidité de regard et de cette héroïque disposition pour l'immense », qui, loin des compromissions lâches du libéralisme d'aujourd'hui, saurait suivre ainsi le précepte de Gœthe et de Mazzini : « Im Ganzen und Vollen résolut zu leben » ? Est -il difficile de reconnaître Nietzsche? Telle était l'âme qui se cachait dans le danseur souriant de Lugano.

Il vécut là jusqu'en avril, et courut à Tribschen au retour. Il y présenta Lisbeth. Wagner le complimenta souvent depuis sur celle qu'il appelait « das liebliche Schwesterchen » (2). Durant son enseignement de l'été, Nietzsche sembla rajeuni. C'était le temps où Deussen le voyait, fort et fier comme un lion (8). Lisbeth ne le quitta point. Elle passa avec lui et Gersdorff, fin juillet, une quinzaine à Gimmelwald, près Miirren, et ne se sépara de" son frère qu'en septembre. Mais que pouvait donc être pour lui Wagner, quand déjà se levaient en Nietzsche

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