‹ Nietzsche (volume 2)Chapitre 51 sur 99 · LA PREMIÈRE PIERRE DE BAYREUTB · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE PIERRE DE BAYREUTB

Les attaques où pour la première fois Nietzsche apprit à douter des hommes l'avaient atteint au moment où il avait cru voir entrer dans le réel le rêve partagé avec Richard Wagner depuis trois années. Wagner, revenu d'une tournée à Vienne, avait invité ses amis pour la pose de la première pierre de son théâtre, à la Pentecôte de 1872. Daniel Halévy a dit, en termes excellents, ce qu'il y eut de symbolique dans le choix de la petite ville bavaroise qui, spontanément, avait offert un terrain pour le temple wàgnérien.

Le destin de Bayreulh est étrange. Cette petite ville allemande, longtemps obscure, brille au xvme siècle; elle brille d'un éclat un peu falot ; mais elle est enfin célèbre par toute l'Europe. Une intelligente margrave, sœur de Frédéric, amie de Voltaire et des grâces françaises, l'habite, l'enjolive, égaie de châteaux sa campagne pelée et prodigue sur ses façades les singulières volutes du style * rococo ». La margrave meurt, Bayreuth retombe en oubli. Un siècle passe : voici la gloire tout à coup revenue ; la petite cité que la margrave orna devient la Jérusalem d'un art, et d'un culte nouveaux. Destinée étrange, mais factice. L'histoire de Bayreuth doit être rangée parmi les oeuvres de Wagner.

Il voulait établir son théâtre dans une ville très calme et retirée 11

(*) Zarathustra, Von den Gelehrten f W. , VI, 183).

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