‹ Nietzsche (volume 2)Chapitre 60 sur 99 · L A P R E M 1ÈRE «IN T E M P E S T L V Ë · texte numérisé non relu

L A P R E M 1ÈRE «IN T E M P E S T L V Ë

Côte d'Azur : « Je suis comme un ange à qui l'on a coupé les ailes (**}. »

Nietzsche, encore tout wagnérien lui-même, ne se froissait pas de ces confidences. Le mariage de Gabriel Monod et de Mlle Olga Herzen lui fut le prétexte d'une terrible musique, intitulée d'un calembour : Il envoya froidement, comme cadeau de noces pour les jeunes époux, sa Monodie à deux, pour quatre mains.

Les compliments durèrent ainsi des années, hyperboliques et sentimentaux. Les Allemands n'ont pas l'hyperbole gasconne; leur fanfaronnade est biblique. Nietzsche était-il au Spliigen, Malwida le bénissait de se recueillir « dans le désert où les prophètes se préparent à leur mission » (2). Nietzsche lui envoyait ses manuscrits, Y Avenir de nos Institutions d'éducation, la Philosophie grecque dans l'âge tragique : Inestimable présent, auquel Malwida répondait par la « vérité sans poésie » de ses Mémoires. Puis on jugeait de haut les hommes et les nations. On s'attristait de leur médiocrité. Un orgueil profond comme celui de ces sectes mystiques, humbles d'apparence, indomptables d'ambition au fond, les schwenckfeldiens, les Moraves, les piétistes, vivait dans ces wagnériens de la première heure.

Nietzsche a pu recueillir de curieuses observations de - psychologie religieuse dans le commerce de la vieille lille fanatisée. A force de soupçonner en autrui le fond « humain, trop humain » de toutes les préoccupations, comment ces dévots du 9chopenhauérisme n'eussent-ils pas éveillé l'attention du plus clairvoyant d'entre eux sur leur propre habileté ?

Dénuée de tout talent littéraire vrai, Malwida jugeait

(») Corr., III. 'i')<>.

(») Corr., 111, 419.

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