MAL W IDA DE MEYSENBUG
sommairement de « l'académisme français », oubliant qu'il avait été au XVIIe siècle une des plus fortes et des plus nécessaires disciplines d'esprit que jamais peuple, depuis les Anciens, se soit imposée. Elle répétait les poncifs que Wagner avait recueillis des derniers bohèmes romantiques du boulevard. Elle tenait le français pour une langue morte, que le style caricatural de Victor Hugo lui-même n'arriverait pas à galvaniser («). Pour elle, Bayreuth émergeait seule, « étoile rayonnante de la culture » , au-dessus de l'horizon noir.
Mais, pleine de la confiance la plus dévote dans le maître, elle se tourmentait aussitôt : Avait-il la compagne digne de son génie ? Un examen méticuleux, qui avait été très dur pour la première épouse, découvrit des défauts même à la femme royale qui allait partager avec Wagner la vie de Bayreuth ? Gomme se pouvait-il que Gosima restât attachée aux rites et aux formes de l'Eglise chrétienne ? Elle élevait ses enfants dans l'orthodoxie protestante. N'était-ce pas éteindre en eux l'esprit vivant ? Et Malwida se comparait. Certes, elle n'eût pas fait de même. Elle eût procédé comme pour MUe Olga Herzen, quand elle avait dix-huit ans. La jeune fille n'était pas baptisée. Un jour, sur les rives du lac de Garde, dans la solitude baignée d'azur et de crépuscule, Malwida, lisant à haute voix les Védas, avait été saisie de l'Esprit. Et se levant tout à coup, elle n'avait pu se tenir de baptiser sa pupille au nom de l'Atma védique. Voilà comment doit faire la nouvelle liberté de l'esprit. Rebelle aux rites d'Église, elle pontifie seule à la face du ciel (s). Assurément Wagner eût été heureux d'avoir auprès de lui une compagne aussi dégagée de préjugés.
(') Corr., III, 451.
(•) Corr., III, 402.
ANDLER. II
Ou bien à Buchenthal, près Saint-Gall, si elle prenait du repos dans les prés pendant qu'on faisait le regain, aussitôt sous les arbres Malwida chavirait d'extase, croyait vivre dans la « chose en soi », délivrée « des entraves du phénomène » (*), et recommandait à ses amis cette façon de goûter le paysage. Nietzsche saisissait sur le fait ce qui arrivait quand la fausse culture se mêlait de « vivre » la philosophie de Schopenhauer. Voyant Wagner entre Cosima et Malwida, l'une à tant d'égards si admirable, mais pleine de préjugés si passionnés; l'autre si indiscrètement sentimentale, il avait peur. Il connaissait le fort et le faible de son grand ami ; il le savait influençable. Seul, entre des affections aveugles et devant une opinion publique égarée, que pouvait Wagner ? Nietzsche, avec une ténacité de disciple, comptait le protéger contre tous et le défendre de luimême. Avec son ami Franz Overbeck, il fit une fine et invisible tentative pour circonvenir affectueusement Cosima. Us essayèrent de l'amener à eux, de l'affranchir par de fortes et libres lectures. Puis, par des manifestes agressifs, ils tâchèrent de montrer le chemin. Ce fut dans cette fougue furieuse d'agression que Nietzsche écrivit la première Considération intempestive, David Strauss, apôtre et écrivain (David Strauss, der Bekenner und Schrifts tel 1er).
L'iNFLUENCE DE PAUL DE LAGARDE
Franz Overbeck était devenu pour Nietzsche depuis trois ans le plus inséparable ami. Leur intimité s'était
(«) Ikid.i III, 408.