P A L L D E L A GARD E
resserrée dans la lutte pour la cause wagnérienne. Elle est touchante, la lettre écrite par Overbeck à son vieil ami Treitschke, pour défendre Nietzsche. Il n'ignorait pas les défauts de son brillant collègue, « le penchant à l'extravagance », la manie de ramener toutes choses à la métaphysique (' ). Mais Overbeck ne tolérait pas l'injurieux silence qui se faisait sur une telle pensée. Le temps devait venir où il aurait à choisir entre deux amitiés : Il choisit Nietzsche, qui, aussi bien, lui rendit ce témoignage :
Overbeck est l'homme et le chercheur le plus sérieux, leplus franc, le plus simplement aimable de sa personne que l'on puisse souhaiter comme ami ; et il a ce radicalisme sans lequel il m est impossible désormais de vivre (*.).
Nietzsche ajoute à ce portrait qu'il fait de son ami : « C'est le théologien le plus libre qui soit vivant aujourd'hui^). » Il mandait à tous ses correspondants la nouvelle glorieuse d'une « théologie de l'avenir » qui naissait au premier ^étage de sa maison, dans le logis d'Overbeck, et qu'il croyait solidaire de l'œuvre philosophique et de l'œuvre d'art projetée à Bayreuth (4). Il admirait un talent où se fondaient dans un si fin alliage le tenace courage, le labeur, l'esprit critique (5). Ils avaient, dans la dernière année, échangé des pensées novatrices en foule (6) :
Le monde entier, écrivait Nietzsche, attend l'homme d'action, qui se dépouillerait et dépouillerait autrui d'habitudes millénaires et donnerait un exemple, destiné à être suivi (7).
On sent dans ces lignes percer « l'immoralisme futur » . Gomment Nietzsche le concevait-il ? Il n'a pas varié beau-
(*) 8 juillet 1872. V. C.-A. Bernoulli, Franz Overbeck, I, 84. (2j 22 mars 1873. Corr., II, 401.
(8) Corr., III, 446. — («) Ibid., I, 240; II, 406, 410, 479, 482. — (3) Ibid., II, 479. — (6) Ibid., II, 402. — {') Ibid., III, 446.