‹ Nietzsche (volume 2)Chapitre 64 sur 99 · L A P R E M I E II E « 1 N T E M P E S T I Y E · texte numérisé non relu

L A P R E M I E II E « 1 N T E M P E S T I Y E

critique dirigée par Paul de Lagarde contre la théologie protestante. Sur quels principes s'appuie-t-elle ? Que devient-elle quand on examine son principe formel, qui prétend considérer le Nouveau Testament comme la seule source de connaissance chrétienne ? Le Nouveau Testament parle-t-il du baptême obligatoire, de la célébration du dimanche, de la Trinité? Nous affranchit-il de la loi mosaïque ? S'il consiste en un recueil de témoignages, que l'ancienne Eglise catholique jugeait utiles dans la lutte contre les hérésies et les sectes du nc siècle, comment ne voit-on pas qu'il tient toute son autorité de la communauté catholique qui l'a réuni ? N'est-il pas temps de se rendre compte des principes qui ont présidé à cette rédaction (*).<? Et si nous reconnaissons l'autorité de l'Eglise sur un point, comment ne pas la reconnaître sur tous ?

Dira-t-on que le protestantisme a des principes matériels différents du catholicisme, tels que la justification par la foi ? Mais qu'on essaie d'en déduire la dogmatique luthérienne, on verra qu'elle n'en résulte pas. La « justification par la foi » ne domine pas le luthéranisme : Elle lui sert à combattre l'abus des « œuvres », des indulgences, des messes, des aumônes. Est-ce suffisant pour asseoir une religion? Aussi bien, c'est dans l'apôtre Paul seul qu'il est question de cette justification, ignorée des évangiles et combattue par les épîtres de Jacques où elle est remplacée par la régénération.

Toute la théologie protestante apparaissait donc comme un amoncellement d'arguments improvisés pour une polémique épuisée depuis le xvi" siècle. Un événement nous fait illusion que les pasteurs devraient bénir : la guerre de Trente ans. Elle a permis d'attribuer! à des désastres

(») P. ob L\garde, Deutsche Schrifien, p. 42. Ce sera le piveeple auquel se conformera Overbeck dans les Sludien zur Gesc/tichte des /Canons, 1880.

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extérieurs l'infécondité durable du schisme protestant. La vérité est que, depuis le xvne siècle, toute pensée originale est tarie dans les Églises protestantes.

Il reste les sectes piétistes. Mais tout l'effort d'un Arndt, d'un Spener, d'un Francke, au xvnc et au xvine siècles, se dépense à galvaniser un cadavre : Le mot même de « réveil », qu'ils emploient, le prouve. A-t-on besoin de « réveiller » ceux dont l'esprit est vivant? Et qu'on se demande ce qu'un Leibnitz, ou un Herder, quoique théologiens, ou encore les grands classiques doivent au protestantisme. Leur pensée ne vient pas de lui; et tant qu'il n'y a eu que lui, la pensée allemande s'est tue.

2° Pour qualifier le catholicisme, il faut plus que du sarcasme, il faut de la haine. Non pas le catholicisme ancien, enseveli depuis 350 ans, mais cette nouvelle stratification religieuse, qui le remplace, et que les Jésuites ont substituée à l'Eglise ancienne pour tenir tête aux protestants. Du catholicisme nouveau, le Concile de 1870 n'est que l'achèvement. L'ancien catholicisme reposait sur trois principes : 1° Il était œcuménique ; — 2° il exigeait Y obéissance au dogme ; — 3° il croyait à la révélation. Affirmations compatibles avec plus d'une autre ; mais les jésuites ont su les transformer en négations persécutrices. Les États nationaux se sont fondés? Par les jésuites, le catholicisme se fait l'ennemi des nations. La science exacte est apparue? La subordination au dogme, dans l'Église des jésuites, exige la négation de la science. L'idée d'évolution a surgi au xixe siècle? La révélation chrétienne se transforme par les jésuites en une théophanie soudaine et figée qui exclut toute croissance des idées

Ainsi, cette Église jésuitique nie la science et nie l'histoire. Entre l'esprit et la nature, elle établit une sépa-

(0 Tbid., p. 48.

ration qui les rend hostiles l'un à l'autre. Elle dresse en face d'un esprit détaché de la nature une nature dépeuplée d'esprit. Pour elle, l'histoire des peuples fait partie du cours subalterne et matériel des choses. Et puisque ni l'intelligence savante ni la sagesse des chefs profanes ne valent aux yeux du sacerdoce, elle pourra toujours déchaîner les multitudes contre l'élite et la démocratie contre la royauté . Le jésuitisme, partout, tend la main au matérialisme.

Les maximes de cette forte prédication se gravent dans l'esprit de Nietzsche. N'avait-il pas eu, lui aussi, à l'origine, trop de haine pour les organisations politiques, une tendance à les croire subalternes, une méfiance à l'endroit de l'évolution naturelle, un mysticisme contre nature ? Lagarde est de ceux qui le poussent dans le sens de Zoellner et de Rùtimeyer, et qui lui apprennent à discerner l'esprit dans la matière, l'évolution dans l'esprit comme dans le monde matériel, et entre- les multitudes et l'élite la même interpénétration obscure et prédestinée qui joint la matière et l'esprit.

L'action la plus certaine de Lagarde vint pourtant de ses affirmations sur le christianisme primitif, dernier exemple d'une vie religieuse vraiment créatrice ; sur la corruption qui le saisit de bonne heure ; sur le noyau de religion éternelle qu'il nous en faut dégager.

Paul de Lagarde est un des initiateurs de cette courageuse école de libres croyants qui prétendent arriver à la vie chrétienne vraie par l'extrême scepticisme à l'endroit de la tradition ('). Au milieu des débris informes de saint Mathieu, quand de tous les disciples de Jésus, deux seulement ont émergé, Pierre, dont il ne reste rien, et Jean qui a donné de son maître une image si évidemment

(») Elle est représentée aujourd'hui par Wrede, Albert Schweitzer et C. A. Hernoulli. Ils sont tous influencés par Nietzsche.

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transfigurée par les nécessités de sa polémique, comment retrouver l'enseignement authentique du Galiléen? La première méfiance à l'endroit de saint Paul est venue à Nietzsche de Lagarde. Ces fortes diatribes contre « l'intrus » fanatique et « incompétent » (ein vôllig Unbe- ■ rufener), qui a vu Pierre et Jacques pendant quinze jours, et trois ans seulement après sa conversion, et les a revus, avec Jean, une fois encore treize ans après, Nietzsche ne les a plus oubliées. Il gardera présentes à l'esprit les trois grandes corruptions que Paul, selon Lagarde, a introduites dans le christianisme : 1° L'exégèse pharisaïque ; — 2° le sacrifice juif ; — 3° la théorie juive qui attache le salut à des faits historiques précis, qu'il faut croire.

C'est ce judaïsme raffiné de Paul que Nietzsche attaquera aussi un jour, dans Menschliches , Allzumenschliches. On croit relire du Lagarde, quand on trouve dans Der Wanderer und sein Schatten et. encore dans Der Antichrist, dans Morgenrœthe, les sardoniques remarques sur cette flamme de « cruelle el insatiable vanité qui brûlait l'âme de ce persécuteur de Dieu, sur sa méchanceté fanatique, sensuelle et haineuse (1), sa cynique logique de rabbin » , qui demande pour satisfaire Dieu le sacrifice le plus barbare, celui de l'innocent.

3° Mais faut-il accepter les prétentions des Juifs d'aujourd'hui, qui croient leur religion propre à devenir la religion universelle, parce qu'elle a l'avantage d'être destituée de dogmatique ? Le christianisme nous oblige à créer une dogmatique, parce qu'il nous impose de fonder le « royaume de Dieu » , et exige que nous « soyons parfaits », comme notre Père céleste est parfait. Il nous faut donc définir les conditions de cette vie parfaite. Il ne suffit

(*) Nietzsche, Der Wanderer u. s. Schatten, $ 85 (W., III, 248). — Morgenrœthe, S 68 (W., IV, 65 sq.). — Der Antichrist, g 41 (W., VIII, 269).

pas d'éliminer les dogmes erronés pour avoir une religion « pure dejudaïne(l) », comme dit Lagardè, créant un néologisme sur le modèle de la chimie des alcaloïdes. L'effort de Nietzsche sera plus tard d'éliminer à son tour de notre pensée les alcaloïdes orientaux. Son analyse les trouvera non seulement au cours des dogmes religieux, mais jusque dans les préceptes de toute notre vie morale. C'est une pensée « pure de moraline » {moralinfrei) qu'il lui faudra donc créer, une fois le christianisme aboli; et c'est à Paul de Lagarde qu'il devra l'ironique métaphore.

Par delà les dégénérescences, les falsifications, les ignorances, les désolantes pauvretés qui ont fait du christianisme une religion sans religion, et qui parle de la vie avec des phrases, Lagarde a voulu pénétrer jusqu'au fait religieux éternel. Or, une religion n est pas une adhésion donnée à des faits périmés, à des dates contestables, comme pensaient les Juifs : Elle est une vie. Ce qui assure à l'Evangile une vertu agissante, tandis que ie christianisme est mort, c'est qu'il nous expose les lois de toute vie spirituelle, découvertes par un génie religieux (M. Les idées du royaume de Dieu, du péché et du salut valent éternellement comme les lois de Newton. On peut les compléter par des observations nouvelles ; on ne peut pas les renverser. Cette vie de l'esprit a été découverte par le Christ ; et la force de son intuition intérieure déposée dans les textes, nous saisit encore par l'évidence, et nous transforme. C'est là son miracle vrai, et le seul (•).

Nietzsche et son ami Overbeck ont été religieux, dans leur jeunesse, au sens défini par Lagarde ; et peut-être

(') « Ein judaïn fraies Judentum als Weltreligion. » Deutsche Schriften,

(*•) Lagaiide, Deutsche Schriften, p. 88. (3) mêi, p. 61.

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n'ont-ils jamais cessé de l'être. Ce rapport personnel qui unit l'àme à l'éternel, dans une vie commune, Nietzsche ne l'ignorera pas, bien qu'il l'ait défini autrement que le christianisme traditionnel. H y a eu des moments où il n'a pas désespéré d'avoir l'approbation de l! « Hébreu pâle » qui mourut trop tôt sur la croix. Cette union toutefois entre nous et le divin, c'est une personne, un grand Initié, qui l'établit; et le lien entre le fondateur et chacun des croyants est aussi ce qui joint ensemble les croyants dans une communauté. Zoroastre et Moïse n'ont pas su ce secret avec la même profondeur que Jésus. S'ils ont exigé l'union avec Dieu, ils ne l'ont pas vécue. Ils l'ont enseignée comme un idéal ; Jésus seul a représenté cet idéal en chair et en os, dans sa vie et dans sa mort (*).

La théorie que Lagarde exposait au sujet de cette religion éternelle, découverte par Jésus, et qui, par lui, vient encore magiquement toucher notre cœur, côtoyait plus d'une des croyances de Nietzsche. Elle concevait comme lui la culture de l'esprit. « Tout homme, disait Lagarde, est unique en son genre. » Il s'agit de le cultiver, c'est-à-dire de « faire de lui tout ce qu'on peut en faire ». Un peuple est « la communauté des hommes ainsi cultivés » (2). Cela suppose un travail ininterrompu, dont peu de gens sont capables. Aussi bien les nations ne se composent pas de millions d'hommes; elles sont faites de quelques hommes conscients, résolus à cet inépuisable travail, et de l'œuvre organisatrice que cette élite a su accomplir.

D'emblée, Paul de Lagarde ramène donc Nietzsche à La position de Fichte, dans ses Discours à la nation allemande. Comment épanouir en chacun de nous l'individualité

(*) /bld., p. 74.

(■) Ibid., p. 72.

irréductible qui est en lui? Il n'y a pas de plus grave problème pour l'avenir des hommes. Qùe peut- il advenir au monde de nouveau, si tous les germes préexistent ? Et s'il nous tombe du ciel de la nouveauté absolue, semée par les génies, peut-on encore parler d'évolution? Aucune difficulté n'a davantage attiré Nietzsche. Les solutions de Lagarde étaient entrevues dans des intuitions vagues. A quelles conditions sont-elles acceptables ? Tout le système de Nietzsche fera effort pour tirer au clair ces conditions.

Pour Lagarde, aucune nouveauté, non pas même la plus grande, ne peut renverser les lois d'évolution. Les idées entrent dans le monde comme y entre cette autre grande nouveauté, le péché. Puis, elles croissent et fructifient, comme fructifie et croît le péché, selon des lois ; et il y a des lois selon lesquelles se développe la religion. Il y a des suites physiques aux actes issus du péché, et des suites physiques aux idées. Ces suites s'imposeront, lointaines, mais inexorables, au pécheur et à celui qui pense. Les péchés et les idées sont des commencements absolus. Sont-ils créés par nous librement ou greffés sur nous du dehors? Là est l'incertitude de Paul de Lagarde.

De même, l'innovation religieuse est totale. De cellelà, nous savons qu'elle exige un grand initié. Pourtant nous avons l'expérience vivante de la régénération. Elle assure une évolution intérieure nouvelle. Dans l'âme régénérée le péché ne fructifie plus; mais l'idée, même déformée, rajeunit et fructifie, et elle tire de l'âme individuelle, où elle prend racine, une force nouvelle ('). Cette régénération exige un milieu de culture, « une communauté de vie » où s'échangent les idées. Comment peut-on appeler cette mystérieuse présence qui arrête le foisonnement du

(') Jbid., pp. 62, 74.

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péché et active, comme par catalyse, la germination des idées? C'est elle qu'on appelle Dieu, et il n'y a qu'une religion possible : c'est de reconnaître et d'aimer Dieu en l'homme. Toutefois, ce Dieu ne se révèle qu'à l'homme régénéré (*); et il nous transforme non pas par magie, mais d'une façon éducative par une grande exigence.

Prodigieux sujet de méditation pour Nietzsche. Lagarde disait : « Sous l'influence d'un génie religieux, produisez votre religion propre, individuelle et nationale; V ce sera produire en vous votre Dieu. » Il espère ainsi une religion qui n'aurait aucune des tares du présent. Il ne la faudrait pas protestante, si l'Allemagne veut un renouvellement vrai ; car le protestantisme restaure sans magnificence un catholicisme aboli. Il ne la faudrait pas catholique, si l'Allemagne veut être une nation. Enfin, il ne la faudrait ni humanitaire, car nous devons être enfants de Dieu ; ni libérale, car elle ne doit pas suivre le temps présent, elle doit lui commander. Avant tout la religion régénératrice sera «intempestive » (unzeitgemaess) , car elle doit nous mettre de plain-pied avec Dieu, et nous conférer dans le présent la vie éternelle, par l'intimité profonde, par le « tutoiement » sublime qu'elle établit entre Dieu et nous (2).

Ainsi pensait Overbeck. Mais Nietzsche entendit que la loi d'évolution nous prédestinait à produire, par l'épanouissement des forces vierges déposées en l'homme, ce divin par lequel nous dépasserons l'humanité.

D'importantes conséquences politiques se déduisaient de ces vues générales. Quelle peut être l'attitude de l'État devant nos religions contemporaines, momifiées toutes, mais dont les ministres se réclament de la vérité absolue ?

(') Jbid., p. 7o.

(•) Ibid., p. 76.

Aujourd'hui, l'État forme des prêtres dans ses Facultés de théologie ; il les salarie; il leur confie, en Allemagne du moins, tous les enfants de la nation. Cela n'est en aucune façon tolérable. On ne peut admettre que l'Etat prenne sur les ressources de la collectivité de quoi entretenir des cultes qui sont des survivances. Il y a une inadmissible hypocrisie de la part des Facultés de théologie cà s'incruster dans les Universités, c'est-à-dire dans des établissements de libre recherche scientifique, quand les professeurs de théologie sont tenus par serment de ne rien enseigner qui soit contraire à l'orthodoxie. Des professeurs qui prennent d'avance un engagement touchant le résultat et la méthode de leurs travaux, n'ont pas qualité pour se dire les serviteurs de la science.

Si l'État a des raisons générales d'encourager la science . il ne peut encourager que la science libre. L'État a besoin d'une vie religieuse dans la nation. Mais cette vie religieuse, aucune puissance humaine ne peut la créer. Au regard de l'État, toutes les Églises sont des sectes. Il faut donc qu'il se sépare des Églises et qu'il leur restitue les Facultés et les séminaires où, de leur initiative privée, elles formeront leurs prêtres. S'ensuit-il que l'État ne puisse rien pour la religion? Il a, au contraire, envers elle toutes les obligations qu'il a toujours envers la liberté et envers le génie. Il faut qu'il lui prépare la route. Les nations et les hommes ne pourront produire la religion latente en elles, qu'une fois émancipés de la tutelle oppressive des cultes anciens : « Frei ist, wer werden kann, ions ersoll. » Et Nietzsche n avait-il pas dit : « Werdc, ivas du bist » (•*)>?

La religion grandit de cette profonde liberté en nous.

(') Jbitl., p. 67.

PAUL DE LAGARDE

Encore cette croissance a-t-elle ses lois. La science peut les connaître ; et l'État peut faire enseigner ces lois de la vie des religions. Il n'y a pas d'inconvénient à ce qu'il crée dans ses Universités une section des sciences religieuses. Cette théologie nouvelle s'apercevrait aisément, si elle est science, que toutes les religions existantes et passées ne sont qu'un des aspects de la religion. La comparaison de toutes les religions permettrait de discerner ce qui est adventice de ce qui est essentiel. On pourrait « par la trajectoire du passé calculer la courbe de la religion à venir ». Ainsi la science serait au service de la vie nationale. « Die Théologie soll sein : die Pfadfinderin de?' deutschen Religion. »

Quoi de plus proche des idées que Nietzsche avait un jour méditées à Lugano (*)? Et ne se consumait-il pas ainsi depuis des années en réflexions sur le rapport entre la science et la vie? Cette « religion allemande » que Paul de Lagarde appelait de ses vœux, Nietzsche ne la sentait-il pas éclore en lui? Mais il l'appelait « culture de l'esprit » ; et cette culture enfermait toute cette germination des personnalités dans une àme profonde et collective, où le Philosophe, le Héros et l'Artiste descendaient par intuition.

Le caractère allemand, écrira-t-il alors, n'existe pas encore. Il faut qu'il devienne. Il faut un jour qu'il soit enfanté, afin qu'il soit visible à tous et sincère devant lui-même. Mais tout enfantement a ses douleurs et ses violences (*).

(*) Staat und Genius, g 11 (IX, 156) et notre t. III, Nietzsche et le Pessimisme esthétique, chapitre des Origines et de ta Renaissance de la civilisation. (*) Vom Nutzen und Nachtcil der Historié, posth., g 23 (X, 276).

L'ESSAI DE FRANZ OVERBECK ! « UEBER DIE CHRISTLICHKEIT DER HEUTIGEN THEOLOGIE » (1873).

Ces idées de Lagarde cheminaient souterrainement dans Nietzsche. Elles provoquèrent chez Franz Overbeck une réaction plus immédiate. En peu de semaines, durant les vacances de Pâques de 1873, il écrit, comme d'inspiration, Fessai qui l'a classé parmi les chefs de l'Ecole historique la plus rigoureuse avec Duhem, Wellhausen et Paul de Lagarde, prédécesseurs eux-mêmes des sceptiques purs par lesquels fut régénérée la religiosité contemporaine (*).

Depuis l'automne de 1872, Nietzsche l'avait entretenu de ce projet de publications communes, où il comptait associer les plus libres esprits et les plus agressifs de l'Allemagne d'alors (8), de ce Montsalvat intellectuel d'où descendraient pour des vengeances fulgurantes, les chevaliers de l'esprit. A présent, Overbeck s'était senti stimulé, que dis-je, emporté par une poussée intérieure (*). Le plus prudent de tous s'aventure le premier dans l'arène. Il va combattre David Strauss et Paul de Lagarde, l'un pour l'anéantir, l'autre pour soutenir la cause qu'il allait compromettre. Son érudition la plus profonde vient â la rescousse de l'orientaliste.

A la base, il met une thèse profonde et massive :

(') V. sur ce point C.-A. Bernoulli, Die wissenschaftliche und diekirchliche Méthode in der Théologie, 1897, p. 86 sq.

(*) F. Ovehbeck, Die Christlichkeit, 2e édit, p. 16.

(3) V. la lettre à Treitschke, du 9 mars 1873 (dans C.-A. Berxoulli, Franz Overbeck, I, 85).

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