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cée pour qu'il osât le résoudre. Des linéaments simples préparent la solution qu'il offrira plus tard dans son Histoire de la Littérature grecque et dont Nietzsche s'est tant inspiré.
U nous paraît bien aujourd'hui que sa construction est factice. Mais elle a discerné la part qu'il faut faire à ces représentations mimiques qui, à de certains jours de fête, retraçaient les hauts faits des dieux. Otfried Mûller essaie de se représenter les tableaux vivants, accompagnés peut-être de chants, qui, à Delphes, au jour de la fête des Septéria, retraçaient la vie d'Apollon. U n'ignore ]>as que nos renseignements sont d'époque basse au sujet de ce drame hiératique, oùunéphèbe représentait le dieu tueur du dragon, cueillait pour prix de sa victoire la branche de laurier sacré et entonnait le péan^ au milieu d'une danse triomphale du chœur ('). Le sophisme consistait à imaginer un mystère d'Apollon, sur le modèle duquel il était aisé ensuite de construire le drame de Dionysos. Pour cela Otfried Millier envient à soutenir que les huit années de servitude expiatoire, que le Dieu passe à garder les troupeaux du roi Admète, s'écoulent dans une région de mystère. Admète serait un roi des enfers. Le dieu de lumière, souillé par sa lutte contre le génie de la terre, aurait été condamné à descendre dans un séjour de ténèbres, c'est-à-dire dans la mort. Puis, après huit années, comme Dionysos, il serait remonté à la lumière, aurait cueilli auprès du vieil autel dorien de Tempe l'olivier lustral et serait revenu purifié. On sent que le vieux romantisme de Creuzer empoisonne encore l'esprit gœthéen d'Otfried Muller.
Il n'existe aucune possibilité après cela qu'il se dé-
(') 0. Mûller, Die Dorier, I, 318. — Nos renseignements datent de Pliitarque. V. aussi Paul Decharme, Mytholoqie grecque, 1879, p. 101.
barrasse de la construction creuzérienne sur la Passion de Dionysos. S'il est certain qu'à Sicyone, selon le témoignage d'Hérodote (V,67), il y a eu anciennement des chœurs chargés de chanter les malheurs d'Adraste, mais que le tyran Glisthène restitua à Dionysos, Otfried Millier veut que ces chants choriques aient traité des « soufFrances de ce dieu » (*). Il pense que des représentations mimiques accompagnaient ces chants. Le drame hiératique joué à Delphes en l'honneur d'Apollon ne montraitil pas que de tels tableaux vivants étaient « dès l'origine essentiels au culte » ? Arion, à Corinthe, n'eut qu'à ajouter un chœur de satyres pour chanter un dithyrambe ; et le drame dorien primitif apparaissait sur la scène avec tout ce qui fait la tragédie : une affabulation tragique où périt un héros divin, et un accompagnement chorique chanté par des satyres.
La description esquissée dans V Histoire de la littérature grecque d'Otfried Millier reprend cette doctrine. Un fait est alors pour surprendre. S'il est vrai que le culte d'Apollon à Delphes fut une véritable représentation théâtrale, et que les chœurs « se soient développés plutôt dans les fêtes, d'Apollon, où ils dansaient aux sons de l'instrument requis, la phorminx » (^), comment la tragédie est-elle issue des fêtes de Dionysos, et non d'un culte apollinien? La poésie chorique dorienne offre une longue tradition de chant accompagné de danses ('). Qu'est-ce donc qui prédestinait plutôt le dithyrambe, chanté par un cortège que conduisait un joueur de flûte, à être le berceau de la
(') Ibid., II, 339 : «Ohne Zweifel dessen Leiden. ■■ C'est pure conjecture, et conjecture impossible, si la mythologie grecque primitive a ignoré les souffrances de Dionysos.
(^) 0. MiJLLEB, Geschichle der griechischen Litleralur, i" édit. [Ed. Ueitz.], t. I, 3'tl.
(■') Ibid., l, 320 sq.
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tragédie? La déclaration fameuse d'Aristote [Poétique^ chap. IV) ne laisse pas de doute à Otfried Millier. La tragédie est issue du dithyrambe dionysiaque. Il ne, songe pas à y voir une hypothèse que nous avons le droit de contrôler. Et k propos du texte non moins connu de Pindare (') qui nous dit l'origine du dithyrambe, Millier oublie de se demander si ce texte suffit à nous dire l'origine de la tragédie.
Pour Otfried Millier, il y a eu adaptation du dithyrambe dionysiaque à la tradition de la poésie chorique apollinienne. Le grand conciliateur fut Arion. La poésie dorienne fournit son chœur régulier, de tenue sévère. Cette discipline rigide met un frein à la fougue du dithyrambe. Mais le dithyrambe seul pouvait enfanter le drame, satyrique ou tragique, parce que son inspiration variait de la joie orgiaque à la lamentation funèbre ; et parce que, de tous les dieux, Dionysos est celui dont les hommes se sentent le plus proches. Toutes les représentations mimiques, dont le culte de Dionysos était l'occasion, servent de prétexte à Otfried Millier pour étayer cette thèse. Non pas seulement parce qu'on voyait le dieu en personne passer triomphalement à travers les villes ; ou parce qu'aux Anthestéries à Athènes il prenait j^our épouse, en public, la femme du deuxième archonte ; ou encore parce qu'aux Agrionies de Béotie, on le voyait fuir, et que le prêtre poursuivait, la hache à la main, une nymphe de son cortège ; mais surtout, parce que les génies humbles de sa suite le rapprochaient de l'homme. Les nymphes gracieuses, ses nourrices, les audacieux satyres qui dansaient avec elles, et qu'on croyait avoir surpris du regard plus d'une fois dans la solitude des bois et des rochers, il fal-
(•) 01. 13, 18 (25). '. D'où (si ce n'est de Corinthe) sont venues les grâces de Dionysos avec le dithyrambe qui pousse devant lui le taureau sacré ? »
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lait, dans les fêtes religieuses, les représenter. Le cortège de Bacchus prenait donc des masques de satyres. Une émotion contagieuse s'emparait alors de cette suite masquée. Un jeu pathétique se déroulait. Le chœur entrait dans le rôle des satyres qui accompagnaient Dionysos, non seulement dans ses aventures joyeuses, mais dans ses luttes et dans ses soutTrances. Il satisfaisait ainsi à ce besoin profond de l'homme, qui consiste à vivre, par l'imagination au moins, une vie divine à la fois et à demi élémentaire (').
A y réfléchir, y a-t-il une seule de ces idées que Nietzsche n'ait pas recueillies? Cette idée surtout que le dévot de Dionysos, vêtu en satyre, se sent envahi de la vie divine, ne passera-t-elle pas tout entière dans l'analyse de l'esprit dionysiaque ? Nietzsche n'aura qu'à prendre des mains d'Otfried Millier la théorie du dithyrambe tragique et à ajouter que les spectateurs représentent un chœur élargi, auquel il manc{ue tout au plus d'être grimé et de savoir dire des vers avec des danses. Mais, comme le chœur, l'auditoire est tout entier emporté par le tourbillon de la métamorphose mystique. L'idée enfin que la tragédie grecque n'est qu'un tableau vivant, emprunté aux cultes populaires ou ésotériques, n'a plus été abandonnée par la science. Vérités partielles qu'Otfried Mûller sans doute a compromises par plus d'une conjecture hasardée. Il faut donc chercher ailleurs que chez lui les origines de la tragédie, qu'il s'est obstiné à chercher dans le dithyrambe. La philologie s'est étonnée, depuis, des erreurs de Nietzsche. Elle oublie que Nietzsche y a été entraîné par ses devanciers les plus grands. L'erreur sur
(') 0. MiJLLER, Griechische Litleraturgeschichte,(l, 482-487. — 0. Mullei" pense que le nom de tragédie vient de ce que le chœur dansait autour d'un autel où un bouc était offert en sacrifice. Il n'ose pas tirer les conséquences de sa propre théorie.
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le dithyrambe, imputable à Otfried Millier, n'a pas été moins tenacement défendue par un autre maître de Nietzsche, Friedrich Welcker.
FRIEDRICH-GOTTLIEB WELCKER
Nul doute que Nietzsche n'ait aduiirablement connu Welcker, le principal helléniste de l'école de Bonn, où malgré des dissentiments passagers il avait été un si excellent collègue de Ritschl. A l'époque où Nietzsche y était venu étudier, son enseignement n'était plus très vivant ; mais ses livres restaient fameux ; et Nietzsche ne les a pas négligés ('). Sa force principale et celle de son ami Rohde, quand ils eurent cà subir l'attaque impétueuse et injuste de Wilamowitz-Moellendorf, fut d'avoir mieux lu que ce dernier les ouvrages de Welcker qui avaient tracé la voie d'une interprétation nouvelle du drame grec.
Welcker (et c'est là son mérite) a reconnu nettement la nature rustique du culte de Dionysos. Mais il n'a pas pu discerner encore . le lien qui unit les démons de la vie végétative et les démons de la mort. Oui, certes, Dionysos est d'abord mi dieu des pâtres et des vignerons, élevé dans la grotte montagnarde et errant dans les vallées boisées, couronné de lierre et de laurier. Ses surnoms indiquent un génie des arbres fruitiers, des. prairies, de l'agriculture et de la vigne. Or, tout génie de l'a fécondité
C) On le voit emprunter à la BiblioUrèquc de Bàle le livre de Welcker sur Hésiode {Hesiod. Théogonie), le II février 1871; les deux volumes la Griec/iischo Gôiterlehre (12 avril 1871); les Klcine ScZ/rî/^e?), 1. 1 (8 août 1872) ; les A'/eme Schriflen, l. I et II (18 novembre 187i); les Kleine Schriften, t. IV (18 février 1875); enfin le Naclilrag zur Schrift iiber die Aesdii/leischc Trilogie [2,0 septembre 1875).
est aussi un dieu maître des âmes. Faire vivre, c'est pouvoir amener du séjour où ils sont, c'est-à-dire du séjour des morts, les principes vivants qui animeront les plantes et les bêtes. L'aspect sous lequel Dionysos a le plus de grandeur, est donc celui où il s'appellp Dionysos Chthonios ou Hadès. Welcker n'ignorait pas cet aspect. Il ignorait seulement qu'il n'eut pas le droit de le négliger. Cette omission voulue a vicié tout son système {').
Au contraire, le soubassement social du culte de Dionysos a été mis à nu par Welcker avec netteté. On ne saurait assez marquer ce trait de l'interprétation welckérienne qui fait pressentir la doctrine d'un Dionysos émancipateur et juge, par lequel sera renversée la hiérarchie des valeurs anciennes. Avant tout, pour Welcker, Dionysos est le dieu libérateur. Il efface les distinctions sociales. Aux Dionysies rustiques et aux Anthestéries, les esclaves buvaient avec les maîtres. Les légendes qui disent les châtiments terribles infligés par le dieu aux races royales rebelles à son ivresse sont autant de souvenirs d'une époque où les rois et les familles nobles repoussaient ce culte révolutionnaire et se le sont vu imposer par le peuple. L'acceptation du culte de Dionysos est toujours une victoire de la plèbe rurale. Pisistrate, selon Hérodote, descendait de Nélée, comme Godrus et Mélanthos, le roi mythique des pâtres : c'est pour cela qu'il a dû encourager le culte dionysiaque, auquel il était, de naissance, adonné. Son entrée triomphale à Athènes sur un char ressemblait au triomphe printanier de Dionysos : la démocratie athénienne fut prévenue par ce transparent symbole que les temps du peuple étaient venus. Mais par
(') Welcker, Abhandlung ûber das Satyrspiel (à la suite du Nachtrag zur Trilogie, 1826), p. 192 : " Jene finstern Gebrauclie des Dionysos Chthonios, ferner den Unsterbiichkeitsglauben... ùbergehe ich hier als zu unserm Zwecke nicht erforderlich. •
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surcroît Pisistrate appela Thespis, du bourg d'Ikaria, où Dionysos était en honneur. Dans les bosquets rustiques de ce bourg-, Thespis avait créé une réjouissance nouvelle, d'où naquit, dès qu'elle fut transportée à Athènes, cette grande chose :1a tragédie (').
On ne peut pas reprocher àWelcker de n'avoir pas su anticiper sur les résultats d'une science du folklore que Mannhardt le premier a mise debout, ou d'avoir ignoré des hypothèses que l'étude comparée des religions n'a établies que de nos jours. Welcker est de ceux qui nous ont conduits à ces hypothèses et à ces résultats. Ses conjectures sur les raisons qui font apparaître le dieu vêtu de peaux de chèvres, échouent à expliquer que Dionysos se soit enfui vers Nysa sous la forme d'un bouc (^). Il ne sait encore rien des dieux thériomorphes, découverts et interprétés par Mannhardt. Il croit que les satyres sont les danseurs rustiques des fêtes dionysiaques, mais élevés de la condition terrestre à la condition de démons. Il affirme, avec trop de sécurité, que les dieux sont imaginés chez les Grecs avec un entourage démoniaque analogue à l'entourage réel qu'ils ont dans le culte et parmi les hommes. Cet evliémérisme est attardé. Mais la distinction subsiste, que Welcker a tracée entre les satyres mytho- logiques et les agrestes initiés qui célèbrent les rites du dieu revêtus de peaux de bique.
Sévèrement aussi, Welcker distingue, dans le cortège divin de Bacchus, les satyres à attributs de bouc ('), des silènes à attributs de cheval ou de taureau. Il ne restera à l'archéologie contemporaine qu'à localiser en Attique les silènes à queue de cheval et dans le Péloponèse ou en Phrygie les satyres au pied fourchu, aux oreilles et à la
{*) Ibid., pp. 246-254.— (') Ibid., p. 194. -- (') Ibid., p. 217. - Nachtrag :ur Trilogie, p. 120.
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queue de bouc. Ce n'est pas sans raison que Welckercompare à ces mascarades celles des paysans de l'Himalaya masqués de têtes de cerfs, de tigres et d'ours ; les danses des Germains poussant des cris de joie sous des masques de cerfs ; la coutume du Julbock suédois ou les danses des paysans romains masqués d'écorce. Ces rapprochements préparent une théorie générale des origines du drame que la sociologie littéraire de nos jours fait prévoir et a presque fait aboutir (').
D'un effort vigoureux, Welcker a voulu faire la lumière sur cette préhistoire de la tragédie attique. Il s'y est égaré comme Otfried Millier. Car tout est perdu si l'on en demande le secret, comme il a fait, au fameux chapitre iv de la Poétique d'Aristote. On en vient alors à vouloir tirer la tragédie du genre satyrique. Hypothèse pure, qu'il faut savoir critiquer, malgré l'autorité d'Aristote. (^e sont donc des satyres qui, pour Welcker, paraissent sur la scène où se tient le chef de chœur. Leur dithyrambe s'interrompt peut-être par de courtes affabulations mimées (n^i^pol [jlûôoi.). Peut-être y avait-il seulement un récit du coryphée dans les intervalles des danses. Comment ce mythe a-t-il pu être tragique, s'il s'accompagnait de danses satyriques? C'est une objection de bon sens, et c'est là la difficulté où se heurte l'hypothèse d'Aristote. Welcker se range à la thèse qui, pour s'en tenir à la lettre aristotélicienne, préfère heurter le bon sens; et, par là, il a dévoyé Nietzsche qui l'a suivi. Il a cru que le chœur des satyres n'accompagnait pas forcément des farces. Le premier « chant du bouc » improvisé et purement dithyrambique apportait sans doute des affabulations courtes en style comique et en vers satyriques et dansants. 11 faut pourtant expliquer que ce dithyrambe ait pu devenir funè-
(') V. notre t. IIF, Xielzsche et k Pessimisme esthétique.
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bre. Il le devint, pense Welcker, quand, autour du bouc offert en sacrifice, les satyres célébrèrent la mort de Dionysos.
La philologie d'aujourd'hui répond que les mystes, vêtus de la peau de bouc rituelle et qui célébraient le drame de la mort du printemps, n'ont pas pu être des satyres. Les chœurs de satyres primitifs n'ont pu donner naissance qu'au drame satyrique, joint par un tardif usage à la trilogie des concours tragiques athéniens.
Mais, avec une sévérité de goût qui avait manqué à Otfried Mûller, Welcker a maintenu une stricte séparation entre la tragédie corinthienne d'Arion et la tragédie athénienne. Il a été préoccupé de marquer les étapes d'une tragédie purement attique, et la science d'aujourd'hui le loue de cette préoccupation. Le dialogue s'établit quand Thespis mit en évidence un acteur pour réciter une affabulation de circonstance et en converser avec le chœur. Il s'agira seulement de savoir comment cette affabulation put être étrangère à la légende de Dionysos. Mais Welcker n'a pas*eu tort de croire que le héros des mythes tragiques déclamés sous ses auspices a toujours été Dionysos à l'origine.
La force, mais aussi la faiblesse de Nietzsche, fut de connaître cette robuste déduction. Il lui doit ses erreurs, avec quelques-uns de ses plus profonds aperçus. S'il a cru que le problème des origines de la tragédie ne pouvait s'éclaircir que par l'histoire du dithyrambe primitif, c'est qu'il a pris cette hypothèse des mains de Welcker, comme il avait emprunté à Friedrich Schlegel et à Creuzer son hypothèse sur Dionysos, et à Otfried Mûller sa pensée sur Apollon. Il ne nous appartient pas, après que toute une génération de savants a labouré ce problème ingrat, de blâmer Nietzsche pour avoir accueilli une hypothèse entachée de préjugés de son temps. Mais Apollon et
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Dionysos sont des noms de faits sociaux. Sous ces noms affrontés, Otfried Millier et Welcker lui avaient fait apercevoir un problème profond : celui des rapports du dorisme et de l'atticisme. Toute la philosophie allemande s'était consumée en incertitudes au sujet de cette grave difficulté. Il y a eu une raison nouvelle, à Bâle, pour qu'elle entrât dans les préoccupations de Nietzsche^ le jour où il fît la connaissance de J.-J. Bachofen.
J.-J. BACHOFEN
Nietzsche a eu le sens du travail précis et de l'hypothèse méthodiquement audacieuse. Pour l'ordinaire, il a su choisir ses guides. Il touchait à de la vérité définitive quand il consultait Gerhard et Mannhardt. 11 a bien connu d'Eduard Gerhard le travail célèbre Sur lesAnthestéries{^). Les rapports du culte d'Apollpn et de Dionysos y étaient abordés : « A Athènes aussi, on faisait appel à toute l'influence du dieu des Muses, pour rehausser l'éclat des fêtes choragiques, tant des Lénéennes que des Dionysies. Dans ces échanges de services, lesnomsdes deux divinités aussi furent échangés. Tel démos d'Attique vénérait Dionysos Melpoménos, et tel autre Apollon Dionysodote. » Pourquoi faut-il qu'aucune rencontre favorable de circonstances n'ait mis Nietzsche en contact avec ces guides sûrs, Gerhard et Mannhardt? Avec l'aide de son ami Erwin Rohde, il eût achevé des travaux qu'ils ont pu amorcer
(*) Il emprunte à la Bibliothèque de Bâle les Gesammelte Abhandlungen. t. II, 1868, d'Ed. Gerhard (17 novembre 1869) qui contiennent ce travail, et de Mabnhakdt, les Gennanische Mylhen, le même jour. — Le travail de Gerhard, f/e6er rfte Anthesterien avait paru d'abord dans les .9i72un^«6ertc/j/c de rAcadémie de Berlin.