‹ Nietzsche, sa vie et sa pensée (volume 2)Chapitre 69 sur 104 · L'ESSAI D'OVERBECK · texte numérisé non relu

L'ESSAI D'OVERBECK

une grande civilisation, le christianisme avait raviné V anéanti tout cela en une nuit ('). A la seule pensée du ; désastre, Nietzsche sentait ses larmes poindre. Die Chris- ^ lichkeit der heutigen Théologie de son ami Overbeck lui imposait donc une grande tâche : celle d'examiner à nouveau la valeur de la science, non pas mesurée à la valeur de l'art, comme autrefois, mais mesurée à la reli pion.

Entre le christianisme, système clos de civilisation fondé sur le surnaturel, et la science^ système d'idées . assis sur l'étude du réel, Overbeck professait qu'une entente était d'absolue impossibilité. La science n'a pas prise sur une religion. Car toute religion se croit vraie en entier et pour toujours. Elle n'a pas peur de la science, tant qu'elle est forte. Car elle sait alors socialement empêcher la science d'étendre jusqu'à elle ses investigations. Mais le jour où elle tolère que les savants examinent les origines de ses mystères, on peut affirmer que ces mystères se meurent. Toute science fait de la religion un problème; tandis que la religion s'affirme, comme la vie (*). , Sur ce point, l'enseignement de Lagarde paraissait à Overbeck d'une vérité péremptoire.

J Dans cet enseignement du pamphlétaire de Gœttingen, Overbeck, éclairé par le schopenhauérisme, avait recueilli un autre aperçu, d'une portée historique incalculable. « L'âme la plus profonde du christianisme est la négation du monde ('). » 11 ne considère pas que le monde soit un lieu où la religion puisse séjourner sans le mépriser. Quelle langueur de mélancolie sur les traits mêmes des plus cultivés d'entre les chrétiens, les Pères de Cappadoce,

(') Ibid., S 38, 59 (VIII, 305, 307).

('^) F. Overbeck, Die Christlichkeit, pp. 22-27, 35.

(=j Ibid., p. 93.

Grégoire de Naziance, Basile ou Jean Chrysosiome! Quel mépris de la civilisation chez un vrai chrétien tel que l'auteur de Vlmitationl C'est qu'en de telles âmes vit la tradition des discours de Jésus, conservés par les Sîtio[)tiques (').

Il y a deux sortes de sécularisation qui ont toujours menacé le christianisme : 1° celle de la vie profane ; 2" celle de la science. ,Le christianisme vrai est étranger à toutes deux. Oui, certes, pour subsister, il a dû pactiser. Comment durer, si ce n'est par un minimum d'existence temporelle? Le christianisme a dû se créer des formes qui lui permissent de s'acconmioder à la vie antique. Il a été uno religion née parmi des peuples très cultivés, mais agonisants. Entre leur civilisation et lui, il n'y a pourtant pas identité. Le christianisme est allé à la rencontre d'une civilisation finissante, mais il ne s'est pas livré à elle. Impossible peut-être tant que cette civilisation était dans toute sa vigueur, il a survécu par la faiblesse des sociétés antiques décrépites. Il n'a rien fait pour les sauver. S'il consent un compromis avec le siècle en créant l'Eglise] il crée en même temps la vie monastique, négation du siècle. Tout ce que le christianisme entre le iv" siècle et la Réforme a fait de grand, est sorti du cloître. Au moment où se fonde l'Eglise officielle, c'est au cloître que la vie chrétienne se réfugie. Des citoyens en foule se dérobent à l'État et vont dans les couvents choisir ce martyre quotidien, substitué volontairement par l'Eglise au martyre des persécutions terminées (^).

Dans quelle attitude une telle croyance se dresserat-elle devant la science? L'univers entier pour le paganisme était plein de dieux, donc de mystères. La vie

(') Ibid., p. 57. — (^) Ibid., 82-81.

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