L'ESSAI D ' 0 V E R B E G K
païenne se passait en adoration; et aux moindres joies matérielles se joignaient encore des prières. Le cliristia- I sme a enlevé à l'usage et à la jouissance des choses de ( monde la consécration dévote que l'antiquité y avait répandue ('). Nul doute qu'il n'ait ainsi rétréci la vie religieuse. Mais il l'a intensifiée. Voilà pourquoi il n'a pas étendu le domaine du savoir. Cet univers q,u'il se représente dépeuplé de dieux, il ne l'a pas ouvert à la science. Et, s'il s'en est détourné, il a, du même coup, refusé de le Connaître.
On objecte le gnosticisme, l'alexandrinisme chrétien, toute l'apologétique. L'objection vaut. Il est vrai que la Gnose a essayé de transformer en métaphysique les données populaires de la jeume foi chrétienne. A ces métaphysiciens, une science chrétienne, celle d'un Clément d'Alexandrie ou d'un Origène a dû répondre. Mais ce sont là des aberrations. Cette science a sécularisé l'esprit ^ chrétien, comme la fondation de l'Eglise sécularisait la l vie chrétienne. Elle est un luxe que des chrétiens raffinés se permettent. Le. christianisme vrai répudie le luxe même de la pensée. Sa tradition est celle de Chrysostome ' '< Il n'y a rien de pis que de mesurer les choses divines à la mesure des pensées humaines (-). »
Si telle est la réaction de l'instinct chrétien, au mo- ; ment de sa pleine vigueur, devant la science qui prétend \ le défendre, que sera-t-elle tant de siècles après? Aujour- \ d'hui, nous prétendons reconstruire notre religion par la ^ science et reconquérir la foi par l'histoire. Preuve certaine i que les forces miraculeuses qui ont enfanté le mythe [ chrétien sont mortes. La religion tarit, dès qu'il s'établit 'f. une théologie ('). Ce trait, judaïque entre tous, que Lagarde reprochait à la théologie de saint Paul, etquicon-
l*) /bicL, p. 92. — (^j lOid., 27-31. — (») Ibid., 35.