‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 10 sur 145 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

car il semble qu'ils ne font pas assez d'efforts pour attirer les caravanes indigènes, qui peu à peu les oublient. Sous ce rapport Corée et Rufisque déploient une activité remarquable, et c'est là une des causes de leur prospérité.

La population de la presqu'île se compose de Yoloffs musulmans, qui y sont en grande majorité; de Serrères, demeurés fétichistes et adorant deux dieux : Takar, le grand justicier, et Tiorak, le dieu bon; et de Nones, variété de Serrères, de qui ils diffèrent par certaines coutumes, par celles qui règlent l'hérédité entre autres. Parmi les uns et les autres, les prêtres féticheurs entretiennent des croyances et des usages barbares, que les progrès de; l'islamisme tendent à faire disparaître. C'est ainsi que, pour confondre un voleur ou un sorcier, ils ont recours à répreuve du feu et de l'eau empoisonnée.

Enfin, il y a dans la presqu'île, comme sur beaucoup d'autres points des Griots, adonnés à la vie nomade, livrés à l'ivrognerie, sans culte défini, et qui s'en vont de village en village jouer du tambourin. Devenus, à leur mort, la proie du Mauvais Esprit, au lieu de les enterrer, on dépose leurs restes dans le creux d'un arbre. Pour leur âme, on essaye de la sauver, et j'ai dit comment les jeunes Griotes s'y prennent pour la tirer des griffes de Satan.

Les Yoloffs connaissent le mariage, mais ils se font un honneur d'être polygames. Il leur est permis

d^avoir quatre femmes légitimes. Quoiqu'aboli par la loi française, dans le fait l'esclavage existe encore parmi les indigènes, mais leurs esclaves ne sont en réalité que des domestiques, et il est rare qu'ils soient maltraités. Les Yolofis ont d'ailleurs des coutumes toutes patriarcales, témoin le partage des terres à cultiver, qui se renouvelle chaque année. Leur roi, le £our&a^ comme il s'appelle, les distribue selon le chiffre des enfants et des femmes d'une même famille, et toujours il respecte scrupuleusement les droits des propriétaires qui exploitent leur lot. Le pouvoir suprême se transmethéréditairement par les femmes. Quand une branche royale s'éteint, la nation élit un nouveau chef, et le choisit parmi l'une des familles à qui est échu le privilège de doter le pays de maîtres .

Bien que les Européens ne le tiennent que pour un roitelet sans conséquence, le roi de Dakar est bel et bien chef souverain de son peuple. Je ne manquai pas de l'aller voir, et je m'en félicite , car c^est un type des plus originaux.

Est-ce son nez fortement épaté, ou ses yeux clignotants, ou ses joues à pommettes saillantes, on ses grosses lèvres démasquant deux rangées de dents blanches, qui impriment à sa physionomie un rictus éternel? C'est peut-être tout cela ensemble, peut-être aussi Tabsence de tracas et la paix d'une bonne conscience. Quoi qu'il en soit, je le constate, le roi de Dakar rit toujours.

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