CHAPITRE XII
<^oute, les caravanes leur ont révélé le secret et
enseigné le maniement. A vrai dire, ils sont d'une
lenteur désespérante, et pour confectionner un
pagne, il leur faut deux mois. Après tout, il ne
leur en chaut, ils ont du temps de reste. Quant à
la matière première, elle ne leur coûte que la peine
de la ramasser. Ils sont d'ailleurs pleins de patience,
et ce n'est pas eux qu'un travail de longue haleine
rebutera jamais. Tout compte fait, j'affirme que
leurs tissus sont étonnants*
Ma visite achevée , après m'ètre muni de quelques poules et de légumes, je regagnai le fleuve. Quelle ne fut pas ma surprise de ne retrouver dans ma pirogue ni See-Breeze ni les trois hommes que j'y avais laissés! Dévoré d'inquiétude, je m'y élançai d'un bond : tout y était à sa place; aucune arme, aucun ballot, rien ne manquait. Qu'était-il donc survenu? Profitant de mon absence, les indigènes auraient-ils emmené mes Croumanes en esclavage? Hais, en ce cas, ils m'auraient pillé. N'importe, sous Tempire de cette idée, je me décidai à courir à leur recherche, à leur secours peut-être, et m'apprêtai à redescendre à terre.
Le guide me retint :
(( Vos hommes, me dit-il, ont déserté. Voyez, ils ont emporté leurs effets. »
C'était exact. Leur mince avoir , noué dans unméchant chiffon , s'en était allé avec- eux
« D'ailleurs, ajouta-t-il, depuis le combat des criques d'Annam et la mort de Go-Fast, ils sont atterrés. A certains de leurs propos, j*ai compris que jamais ils ne vous suivraient au Bénué, où ils avaient la persuasion de trouver la mort. »
Cette révélation m'émut douloureusement. Ma position était critique : avant même d'avoir atteint le Bénué, but suprême de mon voyage, la couardise de mes gens menaçait de tout compromettre. Je me roidis pourtant, et, debout dans mon canot à moitié vide, je dis à ceux qui me restaient :
tt Starhoard, Good-Looking, Black-Jack, vous pouvez juger vous-mêmes de la lâcheté de vos compagnons. Le ciel les punira, car ils ont failli à la foi jurée. S'ils espèrent, sans mon assistance, pouvoir regagner leur pays, ils sont fous! Infailliblement les indigènes les massacreront ou les entraîneront en esclavage. Vous trois, écoutez bien ceci : - J'ai été bon pour vous , je le serai encore; mais les lâches me font horreur! et , je vous le jure, le premier d'entre vous qui tentera de déserter, je le tue sans pitié. Croumanes, souvenez-vous de vos serments! Soyez-moi fidèles! et, je vous le promets ,je vous ramènerai à votre beau pays de Crou !
— Hourrah! » répondit le guide, et les trois autres firent comme lui ; mais il n'y avait dans leur accent ni chaleur ni assurance. Je demeurai inquiet.
La nuit nous surprit avant notre arrivée au con-