CHAPITRE XII
fluent du Niger et du Bénué , dont cependant nous n'étions pas éloignés. C'est que, nagée par quatre hommes seulement , notrepirogue n'avançait qu'avec lenteur. Aussi étais-je résolu à renforcer coûte que coûte mon équipage aussitôt après mon arrivée à Lokojà*.
Quand nous eûmes fait halte, je tentai un dernier effort pour décider mon guide d'Onilsha à me suivre au Bénué. Jusqu'alors il s'y était refusé catégoriquement. Ce soir-là il me parut d'humeur moins rêvéche. Comme, en réalité, il ne disait ni oui ni non, je le crus disposé à se laisser faire violence, et me méprenant à son air, j'en augurai favorablement.'
Je m'endormis donc , bien que fort alarme ; mais j'étais excédé de fatigue. Au milieu de la nuit je me réveille en sursaut, croyant avoir entendu l'eau clapoter. Il faisait sombre : la lune ne luisait plus, et le jour ne naissait pas encore. Pressentant une catastrophe, je m'en allai furetant autour de moi
Plus une âme ! ma pirogue était vide! !
Les lâches, ils avaient gagné la terre à la nage. Sans doute , ils étaient déjà loin , car un silence de mort répondit seul aux coups de feu que machinalement je tirai vers la rive. Peut-être aussi mes déserteurs de la veille leur avaient-ils assigné quelque part un rendez -vous. Pourquoi cependant mon guide avait-il fui, lui aussi, puisque le lendemain il était sûr de recouvrer sa liberté? Apparem-
2U NIGER ET BÉNUÉ.
ment mon insistance Tavait troublé, et il avait jugé prudent de prendre l'avance. Du reste, non plus que ceux de leurs compagnons quidéjàm'avaient abandonné, les fugitifs ne m'avaient rien dérobé.
J'attendis le jour dans d'extrêmes angoisses. Hors de moi , mille idées confuses me traversaient l'esprit. Qu'allais-je devenir? Certes, à maintes reprises déjà, j'avais été dans de cruelles anxiétés d'esprit. Plus d'une fois, en réfléchissant à Tinsuffisance |de mes ressources, je m'étais pris à douter du succès de mon entreprise. Mais, si pénible qu'eût été ma situation, jamais je n'avais perdu courage. Et voilà que tout d'un coup *je me sentais arrêté court, et que, livré à moi-même, il ne me restait qu'à m'en aller à la désespérade, et, selon toute vraisemblance, à mourir bientôt sans que jamais nul d'entre ceux qui me sont chers eût chance d'apprendre où ni comment j'avais succombé !
Elles sont bien longues, les heures que l'on passe en proie aux sinistres pressentiments qui m'obsédaient ! Avec quelle impatience je soupirais après le jour I A quoi bon cependant? L'éclat du soleil changerait-il rien à l'horreur de ma position? Ne valait-il pas mieux la nuit sans lendemain que le lendemain sans espérance ?
Cependant on commençait à voir quelques lueurs du côté de l'orient. Peu à peu les monts, les arbres,
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