‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 102 sur 145 · CHAPITRE XII. SIS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. SIS

la rive sorlent de l'obscurité, et déchirent le voile de bruine matinale qai s'attarde aax rives du fleuve. [fne légère brise s'élève, ^ui caresse les plis de moD drapeau, l'unïqae ami, l'unique compagnon qni me reste. En l'apercevant, je reprends courage, ctril me rappelle ma famille et la Belgique, ma pairie.

Sans trop de peine je détache ma pirogue et KCOsle le rivage, afîn de pouvoir atterrir quand je Ifl jugerai bon. Je mets de l'ordre dans mes bagages, j'inspecte mes armes, mes munitions; je rassemble mes noies, mes croquis, et enfin je saute à terre, soahaitant et appréhendant tout à la fois de rencontrer quelque indigène. Bientôt j'en avise un qui «^«cfaamine vers le fleuve, un pêcheur, je présume. Jb) Ib bêle. Mais è peine m'a-t-il entrevu , qu'il ifflnfiiîl. Deux heures se passent; je regagne ma Ifnigae, j'y allume du feu, et me dispose à faire moillir quelques ignames, lorsque de grands cris nlentisseot à mes oreilles. Au même instant, débouche à une brève distance tout un groupe de nègres qui à ma vue semblent fout ébaubis.

Le moment était solennel. De ce qui allait arriver dëpenilaient ma vie et l'issue de mon voyage. Prenant d'une main quelques colliers de perles, de l'autre déployant une pièce de cotonnade, je les |riiibe an nëgre le plus proche de moi; en même wmps je lui montre mes pagaies, et, du geste, je

216 NIGER ET BÉXUÉ.

Tinvite à ramer. Il me répoud par des éclats de rire idiots. Sans me décourager, je renouvelle ma pantomime, et, mieux inspiré, un autre se hasarde à me joindre; son exemple en entraîne plusieurs. A Taide de mes doigts, je m'évertue à leur faire comprendre que je n'en veux que quatre; et, à la fin, j'y réussis. Grâce à ce renfort inespéré, au bout d'une demi-heure, j'étais en face de Lokojà. Une foule compacte, qui paraissait m*y attendre, salua mon arrivée par des cris, des chants et des battements de mains.

J'abordai en face d'un baobab, dans une anse creusée par le remous du courant. A peine ma pirogue est-elle amarrée, qu^un nègre, vêtu d'une jaquette et d'un pantalon à l'européenne, s'élance vers moi et me parle en anglais. En l'entendant, volontiers je lui eusse sauté au cou !

a Ce matin, me dit-il, l'évêque du Niger a été informé par un pêcheur qu'un homme blanc se trouvait dans ces parages. Il m'envoie vers vous, pour vous demander si vous n'avez pas besoin de secours, et il met à votre disposition sa demeure, où il vous offre Thospitalité. d

Je renonce à décrire ce qui alors se passa en moi. Ceux-là chez qui tout à coup une Joie sans mélange succède aux plus affreuses angoisses, ceuxlà seuls sont en état de comprendre Témotion que je ressentis à ces paroles. Il y avait une beure à

Page 1