CHAPITRE XII
peine, tout me semblait perdu sans retour, et inopinément tout m*était rendu. C'est le nom de Tévêque du Niger qui avait fait ce miracle !
Après avoir remercié mon interlocuteur, je le priai de m'aidera régler le compte de mes rameurs; il s'y prêta de bonne grâce, et, après les avoir congédiés, il les remplaça par quatre autres qui stationnaient sur le rivage.
tt Ces boihmes, me dit-il, vont garder vos bagages; fiez-vous à eux, je les connais. A présent , venez avec moi, je vous conduirai près de révoque. »
La mission est située au pied du mont Pattèh, au-dessous du village nègre. En y arrivant du sud, on traverse un petit cours d'eau que parfois les pluies changent en torrent , qui d'autres fois est à sec, et sur lequel, par prévoyance, on a jeté quelques arbres en guise de pont. Elle occupe un vaste carré, enclos d'un mur en sable durci, et se compose d'un premier corps de logis à Tusage de l'évêque; d'un second, qui fait le marteau et qui est affecté à ses gens ; d'un troisième, qui est comme le prolongement de celui-ci, et sert de cuisine. Dans le fond s'élève une modeste bâtisse, à demi achevée : c'est une future église. Tout cela, on le comprend, est des plus simple : un rez-de-chaussée, point de fenêtres, pour parquet du gravier, voilà tout. C'est égal, il me sembla franchir le seuil d'un palais, lors-
que, soulevant la natte qui tient lieu de porte, je pénétrai dans cette hospitalière demeure.
a Soyez le bienvenu, monsieur » , me dit en anglais un indigène à cheveux blancs , vêtu d'une longue redingote noire et d'un pantalon de même couleur. Cétait Samuel Adjaî Crowther, évéque du Niger.
Nous avions tant de choses à nous dire , tant de questions se pressaient en foule sur nos lèvres, que, durant quelques instants, nous nous regardâmes en silence. Enfin , le rompant :
tt Je bénis, m'écriai-je, Theureux destin qui m'a fait vous rencontrer! Sans vous, je périssais.
— Je suis heureux , répondit Tévêque , de pouvoir être utile à un blanc, car ce sont les blancs qui m'ont fait ce que je suis; je leur dois tout. Mais par quel hasard vous étes-vous donc égaré sur ces rives sauvages? »
Après lui avoir raconté les péripéties de mon voyage, je lui fis part de mon dessein d'explorer le Bénué, et lui avouai que j'étais résolu à aller de l'avant aussi loin et aussi longtemps que mes res* sources m'y autoriseraient.
Lorsque j'eus fini :
tt Ne songez pas, me dit-il, à affronter le Bénué en pirogue : c'est une pure impossibilité : le courant y est trop impétueux, surtout près d'ici, à sa jonction avec le Niger. Mais il se présente une occasion de le remonter, du moins jusqu'à une certaine