‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 104 sur 145 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

distance : demain, le petit steamer Henry Venn, qui appartient à la Société des missions africaines de Londres, revient d'Eggan, sur le Niger , afin de me conduire à Imaha, sur le Bénué , où je veux essayer d'établir une station. Vous m*accompagnerez. Vous pourrez ainsi franchir les passes les plus difficiles et les plus périlleuses, celles où le courant du Bénué, à cause de sa rencontre avec le Niger, est aussi dangereux et aussi violent qu'un rapide , et où certainement votre pirogue chavirerait. »

Il va de soi-même que ce fut aussitôt chose convenue.

Ce point réglé, nous allâmes ensemble visiter Lokojà.

• Comme je Tai dit, Lokojà est située au pied du mont Pattèh ; jadis ses habitants, les Bunus, demeuraient sur le plateau , d'où Ton domine les alentours. Le long de la rive, on remarque un second groupe de huttes, qui ne fait point partie de la ville. Elles sont habitées par des Igbirriens, peuple de nomades, que l'invasion musulmane a chassé du pays d'Igbirra-Panda , sur le Bénué , qui sont querelleurs et pillards, et, par ce motif, se font haïr de leurs paisibles voisins.

L'évéque du Niger ne séjourne à Lokojà que pendant la saison des pluies, parce qu'alors les hautes^ eaux du fleuve lui permettent de communiquer ai* sèment avec la côte au moyen d'un petit bateau à

vapeur. Le reste de Tannée , il habite Lagos , ville du littoral située au sud du Dahomey.

Les Anglais ont fait à Lokojà un essai de colonisation auquel ils ont bientôt renoncé. A Theure qu'il est, on distingue encore sur les flancs de la montagne les ruines de la demeure qu'on y avait construite pour le gouverneur. Baikie y passa quelque temps en cette qualité. Un beau jour, le poste fut supprimé , et dès lors , abandonnant leurs projets de culture, les traitants européens s*en allèrent tous. Pour le moment il n'y a plus à Lokojà que des trafiquants noirs, qui récoltent des huiles de palme et des ivoires pour compte de trois maisons anglaises, dont les steamers visitent Lokojà à l'époque des hautes eaux.

Lokojà est sous la juridiction du roi de Bida , nègre mahométan, qui lui-même est vassal du sultan de Sokoto, chef suprême des musulmans de l'Afrique centrale. A la différence des Igbirriens , leurs voisins, qui sont demeurés fétichistes, ses habitants ont , pour la plupart , embrassé l'islamisme. Ils sont d'un naturel timide, et partant peu enclins à la guerre. Maintes fois leur territoire a été ravagé par les irréguliers du sultan de Sokoto. Un jour que l'approche de l'ennemi venait de leur être signalée , ' ils accoururent en foule à la demeure de l'évêque , et y déposèrent tout ce qu'ils avaient de plus précieux. Cette précaution les sauva de la ruine; aussi

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