‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 105 sur 145 · CHAPITRE XU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU

est-il irës-populaire parmi eux. Nonobstant cela , il en est peu qui se convertissent au christianisme. Et de fait , leurs goûts, leurs penchants, leurs mœurs sont de tous points si opposés aux principes chrétiens, quMl y a lieu de se demander si jamais on parviendra à les leur inculquer. La polygamie y fait et peut-être y fera toujours obstacle; au contraire, il est facile aux disciples du Prophète de propager parmi eux les doctrines du Coran; car elles caressent leurs passions , en leur faisant espérer, même dans Tautre monde , des plaisirs qui , à leurs yeux , sont ici-bas le seul et unique bien réellement souhaitable. A des êtres ainsi faits quel moyen de faire aimer Tesprit d'abnégation, le dévouement, le renoncement de soi-même, la charité, en un mot, les principes chrétiens? Pour cela il fanli-^ drait, je le crains bien , les transformer ; mais pour i^l les transformer, il serait nécessaire de les transplan- Â Iter sous d'autres cieux , et comment y songer? ^'-" Quoi qu'il en soit, il règne à Lokojà une certaine activité industrielle. J'y ai vu une petite forge, lîai| installée en plein vent. Un nègre y battait le fer sur vne lourde enclume, tandis qu'à ses côtés un [a<| enfant attisait le feu au moyen d'un énorme soufflet Âellait de peaux de bêtes. Ailleurs, c'étaient des Yxelnétiers où l'on tissait des pagnes; ailleurs encore, prèm grandes cuves, où se préparait l'indigo qui sert à LOâslk teinture des fils de coton. Tout cela a l'air rude

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et grossier ^ les outils sont plas ou moins informes, et ceux qui les manient, souvent manquent de dextérité. Cest là, je le veux bien, deFindustrie rudîmentaire, mais enfin c'est de Tindustrie, et il ne serait pas malaisé d'apprendre aux nègres à perfectionner tout ensemble leur outillage et leurs procédés de fabrication.

On me présenta à Lokojà une vieille négresse qui , m'annonçait-on , savait le français. Depuis plusieurs mois je n'en avais plus entendu prononcer un seul mot; aussi mon étonnement fut-il mêlé d'un vif plaisir, en constatant qu'elle le comprenait et le parlait, sinon couramment, du moins d'une façon très-intelligible. Elle-même me conta son histoire. Vendue comme esclave dès Tâge le plus tendre, elle fut amenée en Europe par des Portugais, et finalement s'attacha à des maîtres qui s'en vinrent habiter Paris, où très-longtemps elle séjourna près d'eux. Chargée d'années, atteinte de nostalgie, un jour elle s'embarqua pour Lagos, d'où elle partit à pied pour Lokojà, et y arriva après un interminable voyage, semé de toute espèce d'incidents, de périls et de difficultés. Elle était bien caduque alors, la y pauvre vieille ! Elle s'imaginait pourtant retrouver |£^ là-bas son pays, sa famille, ses parents : hélas! ell^^^ n'y retrouva rien. Ses parents étaient morts, «»i^ famille s'était dispersée, son village môme vié^^ changé de place. Depuis lors, elle vit dans inift|i^

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