CHAPITRE XIII
peu à peu envahi toute la rive droite du Bénuè, saccageant les villages, égorgeant les vieillards, les vieilles femmes, massacrant tout ce qui leur résistait, et entraînant à leur suite, pour les vendre sur les marchés d*Orient ou à la côte, les hommes, les femmes, les jeunes filles, les enfants.
Le futur évêque du Niger eut son père tué sous ses yeux. Il se cramponna aux genoux de sa mère; mais les Filanis Ten arrachèrent violemment, et remmenèrent, laissant la pauvre femme inanimée, au seuil de sa hutte réduite en cendres.
Pendant une année entière, Tenfant fut promené de marché en marché, sans trouver d*acquéreur. Ce qu*il souffrit durant ces longues pérégrinations, ce quMl vit d^atrocités, seuls, Dieu et lui le savent. Ramené à la côte occidentale , il fut vendu à des négriers portugais. Le brick où on Tembarqua était ce que Ton appelait un tombeau: c'était un fin voilier, à double pont; les esclaves y étaient empilas dans la cale comme une cargaison de hois d'éhène; en cas de poursuite par un croiseur français ou anglais, on les menait enchaînés sur le faux pont, à Tavant du navire... A un signal donné, un jeu de bascule les faisait choir dans la mer. De la sorte, le négrier pouvait sans crainte se laisser visiter : il avait Taspect d'un honnête navire marchand.
Parti sans encombre du Vieux-Calabar, le navire qui portait notre jeune nègre fut pourchassé à la
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hauteur de Tile Sainle-Hélène par un bâtiment anglais. Sans espoir d'échapper, îl crut se tirer d'afiaire en précipitant dans les flots sa cargaison de chair humaine.
A la faveur de l'affreux désordre occasionné à bord du négrier par l'approche du croiseur, l'enfant avait réussi à se blottir dans la cale entre deux sacs de sel.
Cependant les Anglais montent à l'abordage. Ils ont vu le jeu du négrier, et le châtiment ne se fait pas attendre : les vendeurs d'hommes sont pendus à la plus haute vergue, et Je navire va être coulé. Mais auparavant on le visite
Ainsi fut sauvé l'enfant. Touchés de compassion, les officiers anglais le conduisirent à Sierra-Leone, où il entra à l'école. Il y fit de si rapides progrès que bientôt on crut devoir lui faire achever ses études à Londres. Là, il se sentit du goût pour l'apostolat, fut ordonné prêtre, et, sur sa demande, renvoyé à la côte d'Afrique en qualité de missionnaire. 11 s'y distingua par son courage, par son aptitude, par son zèle, et rendit de tels services à la cause de la civilisation et aux entreprises scientifiques auxquelles il fut associé ^9 qo'en 1864, rappelé en Angleterre, il y fut sacré évoque par l'archevêque de Cantorbéry. C'est alors qu'on lui assigna pour
> En 1854 avec In D' Baikie, puis en 1857.