CHAPITRE XIII
diocèse le haut Niger, où il retourna évangéliser ses sauvages compatriotes.
Un jour qu'il prêchait TÉvangile àlmaha, gros fillage de rigbirra-Panda, une pauvre vieille fenime, courbée sous le poids des chagrins et des ans, s'approche . du groupe que les indigènes forment autour du noir pasteur. Tout à coup la pauvresse est prise d'un tremblement : la voix du prêtre Tétonne. Elle cherche aie voir; les indigènes
klui masquent. Elle écoute de nouveau Sou-
<biii| affolée, elle se fraye passage à travers la foule et, à demi morte, se jette dans les bras de révéqiie en't'écriant : a Mon fils! mon fils! » C'était sa mère dcmt les marchands d'esclaves n'avaient pas voulu, et qui, laissée pour morte après s'être vu arracher iOD fils, avait ainsi échappé à la boucherie et à l'esdcfage... Depuis vingt-huit^ ans elle errait de village en village, en quête de son enfant Elle
lenait de le retrouver évêque!
JPendant que le vieillard me narrait cet épisode de sa vie, de grosses larmes coulaient le long de ses joues : tt Si j'ai fait quelque bien ici-bas, ajoutait-il , j*en ai été payé au centuple par ce moment d'inefthle bonheur. «
• U emmena sa vieille mère à Lagos, dont il avait lut sa résidence, et l'entoura de tous les soins, de tontes les douceurs, de toutes les tendresses dont sa vie avait été sevrée jusqu'alors; et lui-même, il lui
ferma les yeux, lorsqu'il y a quatre aus elle s'éteignit entre ses bras.
Tel est cet évéque du Niger, cet homme de bie qui a nom Samuel Adjaî Crowther, et qui, à cette heure, est Fun des propagateurs les plus vigilants de la civilisation dans l'Afrique centrale.
Le lendemain matin, conformément à ce qui m'avait été annoncé,..le petit steamer Henry-Venn était au mouillage devant Lokojà, et à dix heures et demie il levait l'ancre, ayant à son bord, outre révéqueetmoi,plusieursindigènesdeSierra-Leone, qui résident à Lokojà, et forment l'entourage de mon hôte. Il était commandé par le capitaine Robinson^ sous la direction d'un homme de mérite, M. J. Ashcroft, de Manchester, délégué de la Société des missions.
Le Henry-Venn est un steamer à roues qui emploie comme combustible du bois dont il s'approvisionne en route; son tirant d'eau, très-faible, trois pieds et demi, lui permet de naviguer sur les fleuves, même pendant une partie de la saison sèche, et il rend ainsi de grands services aux établissements européens du Niger.
En quittant Lokojà, nous doublons l'Ile Dnck et la pointeOnomay qui gardentl'entrée duBénué,oiinous nous engageons. Derrière nous est le mont Pattèh, tandis qu'à notre droite, le Purdy et la chaîne du King-William demeurent visibles longtemps encore.