‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 111 sur 145 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le Bénuéy ou la Tchadda des géographes, est dénommé tout autrement par les naturels du pays : pour eux, c*est le Nihu ou le Lihu; quant aux nègres musulmans , ils rappellent Baiki-N*Ruwa (eau noire)^ le distinguant ainsi du Niger quMls qualifient de Fari-N'Ruua (eau blanche).

Au confluent des deux fleuves se trouve Igbébé, qui a de Timportance, et qui malheureusement la doit au grand trafic d'esclaves qui s*y fait. A peine Tavons-nous dépassée, que nous découvrons les nombreux villages de Gendé ou Kendé. Jadis ils s'échelonnaient sur la rive opposée, sur la rive droite, et appartenaient à une florissante tribu; mais un jour les Filanis musulmans s'y présentèrent sous des dehors paciflques, et demandèrent à voir le roi. Le vieil Oyîgù s'en alla au-devant d'eux, porteur des présents qu'il leur^ destinait. A peine les avaient-ils reçus, qu'ils le tuèrent, se jetèrent sur les villages restés sans défense, et en emmenèrent les habitants en esclavage, après avoir détruit leurs huttes. Ceux qui parvinrent à fuir traversèrent le fleuve, et s'établirent sur l'autre rive, où ils fondèrent les villages actuels de Gendé.

Plus haut, difi*érentes îles, Bodwin, Bayle, Smith, Waylie, et de nombreux bancs de sable, rendent la navigation des plus dangereuse. Aussi un indigène, familiarisé avec les lieux, se tient-il près du timonier, a qui il monlre le chenal à suivre, chenal qui

232 NLGER ET BÉNUÉ.

souvent est fort étroit, bien que par là le Bénué ait une largeur considérable, un kilomètre et demi, souvent davantage. Par surcroît de précaution^ un homme suspendu au flanc du navire jette continuellement une sonde graduée, et indique à haute voix la profondeur de l'eau. On navig.ue d'ailleurs d'une façon originale : au lieu de suivre le milieu du fleuve, on tire des bordées d'une rive à l'autre, de manière à mettre autant que possible le cap sur une échancrure ou sur un affluent quelconque, aux environs desquels on croit avec raison pouvoir compter sur une quantité d'eau suffisante. En tout cas, la plus stricte vigilance est de rigueur, car, de droite et de gauche, on est. entouré de bancs de sable et d'Ilots submergés qui sont presque à fleur d'eau.

Nous passons ainsi devant Atibo, situé par 7" 5' 4-5'' latitude nord, au pied des monts JgJ)irriens. Comme auparavant, les îles abondent, témoin celles de Horny, de Dickson et de Lyncx. Au «delà, la rive change d'aspect et se couvre de taillis formés d'arbres dont les racines plongent dans le fleuve.

A gauche, à travers une échancrure du bois, nous distinguons les villages d'Aganci : eflarès, les habitants s'en viennent en toute hâte détacher leurs filets accrochés aux arbres, car ils s'imaginent que nous les allons piller. Puis ce sont les villages d'Egbà, disséminés également dans la forêt; en nous apercevant, les naturels s*approchent de la rive, enram-

Page 1