CHAPITRE XIII
pant comme des fauves, et se dissimulent derrière la futaie y afin de voir sans être vus. Sans doute ils craignent une surprise, car ils sont armés de toutes pièces, et visiblement ils se tiennent sur leurs gardes.
Un peu plus haut, nous sommes arrêtés près des îles Harriett : le Henry-Venn s*est engravé sur un banc de sable. Heureusement, au lieu d^une hélice, il a des roues; or, tantqu*elles tournent librement, on bat vapeur arrière, et par ainsi l'on se peut aisément tirer d*un mauvais pas, d*où Ton ne sortirait point indemne si le jeu de Thélice était entravé par le fond.
Par-ci par-là, sur les bancs de sable, s'étalent paresseusement de nombreux alligators. Ils sont plus beaux et plus jaunes que ceux du Niger.
Endormis au soleil, la gueule toute large ouverte, ils exhibent une double rangée de dents formidables.
Quand tombe la nuit, nous voyons briller sur la rive droite des feux que nous pensons être ceux d'Imaha; mais à cause de Tétroitesse du chenal navigable, nous n'oserions pousser nuitamment jusque-là.
Je m'endors en plein air, car, en bas, la chaleur est suflbcante. Les insectes qui m'assiègent ne me laissent pas goûter un long sommeil; et quand le jour commence à poindre, depuis longtemps j'arpente le pont, guettant Imaha où nous voulons atterrir. Mais les feux que nous avions aperçus la veille
avaient été allumés par des nègres pécheurs, et c'est à grand*peine que nous reconnûmes Tendroit où s*élève la ville. On détacha le gig; j'y pris place avec Tévêque et M. Ashcroft, et bientôt nous la vîmes, perchée au haut d*un roc rougeâtre, à une demi-lieue du Bénné, sur une étroite crique qui y aboutit, et qui, selon les naturels, communiquerait à une rivière quMls appellent Otnà.
Les habitants parurent ahuris à notre aspect; nous-mêmes, nous fûmes surpris de ne trouver parmi eux qu'un petit nombre d*hommes valides; peu après, nous eûmes la clef de ce mystère.
L'évêque ayant manifesté le désir de parler au roi , aGn de se faire autoriser à établir à Imaha une école et une mission, obtint pour réponse que Kpanaki, — c'est son nom, — avait entrepris le siège d'Amara, située un peu plus haut sur le Bénué, et qu*il avait emmené avec lui tous les guerriers de la tribu.
Kpanaki est fils d'Ozinekù, roi d'Imaha, dans rigbirra-Panda. A rencontre des autres tribus nègres fétichistes qui ont tenu tête aux musulmans, le peuple dlmafaa a fait alliance avec eux. De là vient qu'ils l'ont épargné, de même que son roi. Tontefois celui-ci est vassal des Filanis, à qui il paye tribut, et subordonné à Tautorité suprême du sultan de Sokoto.'
La berge où s'élève Imaha a plus de soixante pieds de haut ; elle est abrupte, taillée en plein roc.