‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 114 sur 145 · CHAPITRE Xlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll

chez elle ne légitime la vénération dont elle est Tobjet. Pour moi, c*est tout simplement un monstre.

Le surlendemain, de grand matin, nous quittons Imaha. Le roi nous avait fait prier par deux guerriers de nous rendre à son camp. Nous prîmes ses messagers et leur canot à bord.

Sur cette partie du Bénué les villages sont clairsemés; en revanche, elle fourmille de petites îles boisées qui, en maints endroits, forment les plus gracieux points de vue.

J'interrogeais du regard Tliorizon , quand , dans le lointain, d*étranges objets me paraissent surgir de la verdure. Peu à peu ils prennent une forme distincte. C'était une flottille amarrée contre la rive gauche, et dont les oriflammes flottaient au-dessus des arbres. Nous étions en face du camp royal , à une faible distance d'Amara, la ville assiégée.

Déjà notre bâtiment avait été signalé, et à peine avions-nous jeté Tancre, que deux petits canots armés d'un pierrier se dirigent vers nous. Ils nous accostent, et deux des chefs qui s'y trouvent montent à bord et cherchent à parler aux hommes blancs. Céisiîenile grand amiral et un chef des gens de pied.

Ils nous annoncent que le roi Kpanaki est disposé à nous recevoir. L'évêque, M. Ashcroft et moi, nous nous embarquons aussitôt, accompagnés de notre interprète Ben-Ali. Les oriflammes des pirogues que nous côtoyons portent des inscriptions arabes;

les pirogues elles-mêmes sont pleines d'armes et de munitions.

Nous abordons près d'une berge abrupte, d'un accès malaisé y et que nous nç réussissons à gravir qu'en nous accrochant à de jeunes arbres. A la lisière du camp, peu de guerriers; par contre, multitude de femmes et d'enfants qui, à notre passage, se serrent timidement les uns contre les autres : ce sont les ménages des hommes d'armes.

Au camp même, le spectacle est surprenant. Au lieu de soldats indisciplinés, j'y trouve des troupes rangées en bon ordre, suivant l'espèce d'armes dont elles sont munies, et la tribu à laquelle elles appartiennent. Ce sont : d'abord de grands nègres musulmans, coiffés d'un turban blanc ou d'an fez rouge, le corps drapé dans un ample drap blanc; ils portent, suspendus à l'épaule gauche par des bélières de cuir, de longs sabres recourbés, dont les fourreaux , ornés de gri-gris , sont pareillement faits de cuir maroquiné rouge et vert, et témoignent de l'habileté de ceux qui les fabriquent; puis de longues files de nègres tout nus, sauf un léger pagne à la ceinture; ils ont la tête découverte, les cheveux courts et crépus, le corps tatoué en maintes places; ils paraissent très-robustes : ils sont originaires du Niger; je reconnais parmi eux des spécimens de la race pâle couleur de cuivre que j'ai rencontrée dans ribô; la plupart sont armés de longs fusils à silex.

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