‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 115 sur 145 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

apportés de Brass ou du Vieux-Calabar par des agents noirs de Tintérieur; ensuite, des nègres au regard fauve et terrible, maigres, osseux, la tête scalpée en festons, le crâne pointu , les jambes grêles ^ ils ont pour armes des lances, des javelots, des arcs et des flèches; leur carquois, comme le pagne qui leur serre les reins, est fait de peaux de bêtes; cannibales , ils redoutent par-dessus tout l'invasion des musulmans, qui ne manqueraient pas de les réduire en esclavage ; chose singulière , ils ont fait alliance avec le roi Kpanaki contre les tribus anthropophages du Mitshi, de sorte qu'ils se battent contre lenrs frères en cannibalisme.

Point de quadrupèdes , on s'en souvient , dans le bas Niger. A partir d'Iddah , au contraire , et surtout du confluent, on voit quantité de chevaux, presque tous de petite taille, et de race arabe. Ici même, j'en aperçois divers groupes, qui forment la cavalerie de cette étrange armée.

Au milieu du camp nous sommes rejoints par une bande de musiciens munis de tam-tams, de grossiers tambours, de fifres creusés dans des bambous, de rababas à cinq cordes, jouant un air aussi criard que monotone, et entourés d'hommes qui préludent au carnage par des danses guerrières. Ils nous escortent chez le roi , dont la demeure se compose de plusieurs huttes en chaume, soutenues par des piliers : il y en a de rondes; elles sont réservées

aux femmes; celle où Ton nous introduit, et qui doit être la salle du conseil, est polygonale, et est fermée de deux côtés par des nattes retombantes. Le roi nous y attend.

II est accroupi à la mode orientale , sur une espèce de pavois en jonc tressé , supporté par des pieux longs d'à peu près soixante centimètres. Près de ce trône sauvage, se tiennent, debout ou accroupis par terre, les chefs des différents corps de Tarmée, et dont les uns sont des nègres fétichistes, ou cannibales, les autres des nègres musulmans ou Félatas. Tous sont armés de sabres, de couteaux, de lances, de javelots, d'arcs et de flèches.

En face du pavois il reste un espace vide. Des esclaves y apportent trois sièges grossiers, dontTun est fait d'une vieille caisse, et les autres, taillés dans une bille de gheul, ont la forme d'un sablier. C'est là-dessus que nous nous asseyons.

Le roi Kpanaki paraît avoir de trente à trentecinq ans; sa physionomie est dure, son œil perçant. Il appartient à la race nègre pur sang, et a de grosses lèvres, le nez épaté, les pommettes saillantes. Il s'entortille les jambes et les reins d'un riche morceau d'étoffe écarlate, large de soixante centimètres ; il est coiffé djune manière de casque en cuir, surmonté d'une touffe de plumes blanches; ses doigts sont couverts de bagues, et de nombreux anneaux de cuivre lui ceignent les bras et les che-

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