‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 116 sur 145 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

villes. Il a sous lui une grande peau de léopard; à ses pieds sont couchées deux Orientales fort belles, quoique noires, parées d'ornements en perles, en cuivre et en or, ayant les coins des yeux peinturés , la chevelure bien peignée et agrémentée de petites flèches d'or, et en main un éventail et un chassemouches.

En nous recevant, le roi prononce quelques mots, et un interprète, à la tête complètement scalpée, s*agenouille devant lui. Ben-Ali s'avance à son tour, et s'accroupit près de moi, ayant ma carabine entre les jambes. Le roi s'exprime en langage d'igbirra que son interprète traduit en haussa , et Ben-Ali en anglais.

tt Que venez-vous chercher ici , hommes blancs? nous dit-il. Ne remarquez -vous pas que nous sommes en guerre?

— Grand roi, répliqua l'évéque, il y a bien des années, je suis venu à Imaha, dans ta capitale ^ Tu ne régnais pas encore, mais j'y fus reçu par ton père, Ozinékù, dont les Etats étaient prospères et en paix avec les pays voisins. J'y fus accueilli en ami, non parce que je suis de la même couleur que ton peuple, mais p^rce que ton père comprit que je venais lui apporter les bienfaits d'une religion , dont moi-même je suis redevable aux hommes blancs.

> En 1854, avec le D' Baikie, à bord de la Pléaide.

— Mon père, interrompît Kpanaki, mon père était un grand roi, mais c'était aussi un vaillant guerrier : ses huttes étaient tapissées de trois cents chevelures conquises sur ses ennemis.

— Le roi ton père, continua Tcvêque, manifesta le désir de voir s'implanter parmi ses sujets la civilisation de l'Europe , la religion chrétienne et le commerce ; il me fit promettre de venir un jour fonder à Imaha une mission et une école. Bien des années se sont écoulées sans qu'il m'ait été possible d'exécuter ma parole. Mais je ne l'ai point oubliée. .. Et me voici.

- — Ce que mon père a fait, reprit le roi, je le ferai. Ce que tu lui as promis se doit exécuter. Parle, je t'écoute.

— Je suis venu dans ta capitale, dit l'évêque, avec ces hommes blancs qui arrivent de pays lointains; mais nous avons trouvé ta capitale déserte; tu étais parti , emmenant ton peuple avec toi , afin de porter dans ces malheureuses contrées le fléau de la guerre.

— Penses-tu que j'aie tort? exclama le roi . Pensestu que je n'aimerais pas mieux vivre en paix dans ma capitale que parmi les bêtes de ces forêts?

— Je ne sais si tu as tort ou raison, répondit l'évêque, mais voici, ô roi , ce que j'ai à te dire : Le vrai Dieu, que je te veux faire connaître, interdit la guerre. Dans ce livre sacré que voilà , il nous corn-

Page 1