‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 12 sur 145 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Rofisque. — Son commerce, — Choix d'un guide. — Le chamelier infidèle. — La plantation de M, Laud. — Ui|e chasse — La montnre de BiraoL — M'Bidjem. — Campement à N'Den. — La caravane more. — Nous sommes égards.

Mes préparatifs furent promptcment terminés : mes bagages devaient rester au magasin général jusqu'à ce que je fusse fixé sur l'itinéraire que je suivrais pour atteindre le Niger. Partirais-je par la côte occidentale, par le golfe de Guinée, ou bien par le Fouta-Dialon et le Bakkoy? Cela dépendait du gouvernement de la colonie, et je résolus en conséquence de me rendre au plus. tôt à Saint- Louis par rintérieur des terres, afin de visiter les provinces de Baol, du Cayor et d'Oualo.

J'acbetai un cheval pour moi, et je louai un mulet pour porter mes provisions et ma tente jusqu'à Rufisque, où Ton m'affirmait que je trouverais aisément un chameau, qui, ajoutait-on, me serait bien plus utile qu'un mulet. Zimmer se chargea de me procurer les montures, et la dame Ginoyer, chez qui j'avais continué de prendre mes repas, me fournit quelques victuailles. Ainsi lesté, je quittai Dakar le 20 avril, en compagnie du brave lieutenant de

18 \IGER ET BÊNUÊ.

spahis M. Bouchct, qui m'escorta à cheval jusqu'à Tiarroye.

De Dakar à Rufisque, la route côtoie presque constamment le bord de la mer, ce qui pour les chevaux est très-fatigant, et pour le voyageur passablement monotone. Je laissai successivement derrière moi Tiarroye, M'Baw, et quelques petits villages nègres échelonnés le long de la plage et dont les habitants vivent de la pêche. Jeunes et vieux, ils sont là, barbotant dans les flots comme s'ils y étaient nés. Ils se partagent fraternellement le produit de la journée, et les enfants, eux aussi, grappillent leur petite part.

Bâtie près de la mer, Rufisque est Tun des sièges les plus importants du trafic européen au Sénégal. L'endroit où elle s'élève fut reconnu en 1364 par des navires de Dieppe qui faisaient voile vers Sierra- Leone. Elle est située dans la province de Baol, et, comme Dakar, peuplée d'Yolofis et de Serrères. Mais ce qui en fait surtout l'animation, c'est le continuel va-et-vient des caravanes de l'intérieur : ce ne sont que longues files de mulets, de chameaux ou de bœufs, portant des sacs d'arachides ou de gomme, conduits par des Mores à l'air pensif, silencieux et fiers sous leurs haillons crasseux. Les produits indigènes s'y échangent, à grand renfort de palabres, contre des cotonnades, des fusils à silex, de la poudre et des verroteries, que les noirs s'en vont débiter au loin. L'étoffe le plus en faveur, c'est

Page 1