‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 13 sur 145 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

une grosse cotonnade bleue , la soi-disant guinée, dont les naturels se font une sorte de longs peignoirs, des boubous ou koussabs. Par-dessus tout, et malgré les droits dont la colonie les frappe pour avantager les produits similaires de Pondichéry, on recherche les guinées des Flandres, et principalement celles des maisons Hooreman-Cambier et Parmentîer van Hoegarden, de Gand. A cause de leur marque de fabrique, — une étoile dans un triangle surmonté d'un croissant, — celles de MM. Parmenlier sont même Tobjet d'une faveur toute particulière; aux yeux des indigènes, ce symbole mahométan y ajoute un nouveau prix. Au surplus, ils en reconnaissent Texcellente qualité, car c'est à tort que Ton croirait les nègres incapables de discerner la «valeur d'une étoffe. Tout au contraire, ils distinguent parfaitement un tissu résistant d'un autre de même apparence, mais moins solide. Avant de se décider, ils se consultent, regardent, soupèsent, tournent, retournent les guinées qu'on leur offre. Aussi a-t-on pris le parti de leur en fournir de bonnes. Parfois cependant ils se comportent en vrais enfants, et rien de plus aisé que de leur vendre des niaiseries, pourvu qu'elles fassent de l'effet, par exemple des ornements en verre, en acier, en cuivre. Mais ces articles ne forment qu*une branche secondaire du trafic earopéen, qui consiste principalement en étoffes, en fusils et en poudre.

La maison.Maurel et Prom, de Bordeaux, possède à Rufisque un important comptoir. Je reçus de la part de ses agents le plus cordial accueil et me décidai à leur demander Thospitalité pour quelques heures, en attendant que j'eusse trouvé un guide et un chameau , car je venais de renvoyer à Dakar mon nègre avec le mulet qu*on m'avait prêté.

Dès que Ton sut dans Rufisque qu'un étranger s'enquérait d'un guide et d'un chameau, une foule d'indigènes, depuis le bonhomme de dix ans jusqu'au patriarche à l'air vénérable, vinrent m'offrir leurs services. Il y en avait de tous les types, de tous les âges, les uns musulmans, les autres Serrères fétichistes, et tous, petits et grands, prétendaient connaître les moindres replis de terrain, les sentiers les plus commodes, les routes les plus pittoresques, les noms de tous les villages, de tous les cours d'eau, que sais-je?... de vrais guides Joanne! Mon plan était de n'engager de conducteur que jusqu'à M'Bid- Jem, d'en changer encore à Diam-Balo ou à Bétète, ei ainsi de suite jusqu'à Saint-Louis. On me le •déconseilla, en me faisant observer que, de la sorte, Je risquais de rester seul à certain moment, ou d'être à la merci de l'homme avec qui je n'aurais fait accord que jusqu'à un point donné. Cet avis me paraissant juste, je convins avec le noir sur qui je fixai mon choix, qu'il me mènerait à Saint-Louis en un nombre d'étapes indéterminé; je lui promis de

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