CHAPITRE XIV
g;i Situé au-dessus de Lokojà, le Kakanda est peuplé d'émigrés y originaires de la rive droite du Bénué. Les monts Soracte eux-mêmes servent de refuge à ces victimes de Tinvasion musulmane. Toutefois, les Bassas qui y habitent diffèrent complètement des peuplades du Bassa établies sur le Bénué. Celles-ci ne se tatouent pas, et elles ont leur dialecte propre; il en est tout autrement des habitants des monts Soracte, dont, au surplus, le langage ressemble à celui de Nupe et de Kakanda. Ce sont là autant de tribus fétichistes qui ont fui devant les propagateurs de Tislamisme.
L'invasion musulmane sur le plateau central est de beaucoup antérieure à celle d'El-Hadji, qui, à l'exemple d'un autre conquérant, avait, lui, envahi la région du Fouta-Dialon , et entamait le Sénégal, quand ses efforts se vinrent briser contre Ténergie déployée par Paul Holl à Médine, et habilement secondée par le gouverneur Faidherbe (1857).
Sur le plateau central, la puissance musulmane, je Tai déjà dit, a pour siège Sokoto, situé sur la rivière Fadam, Tun des affluents du haut Niger, au sud du Soudan, par 13° 30' latitude nord.
Ce n'était jadis qu'une maigre bourgade, par oii passaient les caravanes de Mores qui sillonnent l'Afrique dans tous les sens. Un jour, le précurseur d'El-Hadji, Fodie, qui était chérif on mollah comme s'appellent eux-mêmes les marabouts musulmans,
an jour Fodie eut une vision : Mahomet lui enjoignit d^appeler aux armes tous les vrais croyants, et de conquérir à la vraie foi les régions qu'arrosent le Mger et le Bénué, et que par avance le Prophète assignait comme patrie à ses serviteurs.
A la voix de Fodie, les farouches adeptes de rislam accoururent en foule du nord et de Torient se ranger sous son étendard. Conduits par lui, ils se ruèrent comme Touragan sur les populations fétichistes, et, de Gando à FAdamaiva, en firent un horrible carnage. Promenant partout Tincendie, tuant tout ce qui leur résistait, traînant le reste en esclavage, bientôt ils furent maîtres du pays compris entre le Soudan et le Bénué, dont la rive droite tout entière tomba sous leur joug. Ils débordèrent ensuite sur la rive gauche, envahirent TAdamawa, THamaruwa et le Kororofan, en refoulant devant eux ou en massacrant tout ce qui leur faisait obstacle, et ne s'arrêtèrent qu'en face des monts Mitshi, que, tôt ou tard, ils dépasseront certainement.
A quoi aboulira-t-elle, cette guerre religieuse, où la foi sert de prétexte à l'extermination? L'islamisme sera-t-il une transition utile de la barbarie fétichiste à un ordre de choses meilleur? De cette invasion elle-même sorlira-t-il enfin quelque bienfait pour ces peuples sauvages ? Non, certes; et qui donc oserait envisager comme une cause de bien cette monstrueuse iniquité? Quand on ava des mar-