‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 126 sur 145 · CHAPITRE XIV. 2d · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. 2d

semblable à une tache d'huile, il gagne de proche en proche sur tout le plateau équatorial, et trop ' souvent y marque son passage par la désolation et la ruine. Partout, au Bénué, j'ai vu des bourgs détruits, des traces d'incendie, des ossements blanchis. Abattu, Oruko, Dagbo, Egy dans le Bassa; Otià, Agatù, Ojogo dans le Doma, ne sont plus que les restes des villages saccagés par les envahissefurs, et dont les habitants ont fui sur la rive gauche, dans les monts Akpotos et chez les Mitshis.

Sur la rive droite du Bénué, qui a passé tout entière sous le joug musulman, oa parle le haussa, langue gor, à suffixe déclinable; cependant les naturels y ont conservé leurs dialectes propres, le bassa, le doma, qui difi^rent l'un de l'autre, et du mitshi, lequel se parle sur la rive gauche«

J'ai observé chez les Akpotos et les Mitshis les mêmes traits caractéristiques que chez les tribus d'Igarà et même de l'ibb : ils sont d'une extrême sauvagerie; les pratiques fétichistes, les sacrifices humains, le cannibalisme fleurissent parmi eux.

Fréquemment, quand ils se veulent débarrasser de qui les gêne, leurs prêtres recourent à l'épreuve du poison : ils l'accusent d'un crime quelconque, d'ordinaire de sorcellerie, ce qui est à leurs yeux uin méfait capital; pour s'en laver, l'accusé avale une décoction de mélisse et de laurier-rese, et il succombe. Souvent il y a une contre-épreuve, c'est-

à-dire que les prêtres à leur tour s'administrent du poison; mais ils s'en tirent au moyen d'un antidote, dont j'ignore le secret. Un peu d'émétique suffit d'ailleurs pour neutraliser TeÉTet de leur drogue.

he Pourrait, dont j'ai signalé l'existence à Sierra- Leone, compte de nombreux adeptes jusque chez les Akpotos et les Mitshis ; mais c'est à Asaba surtout qu'ils abondent. C'est là aussi que leurs cérémonies se célèbrent le plus ouvertement, au grand effroi de ceux qui ne sont pas affiliés à cette mystérieuse association.

La religion des peuplades fétichistes du fiénué se réduit à un grossier paganisme mélangé de coutumes et de pratiques, la circoncision par exemple, qui offrent certaine analogie avec les rites du judaïsme.

La plupart croient à deux dieux, ou, si l'on veut, à deux principes, l'un bon, l'autre mauvais; l'un qui récompense, l'autre qui punit.

Conçu d'habitude sous la forme d'animaux nuisibles, de serpents, d'alligators, de léopards, le dieu mauvais exerce un bien autre prestige que le bon, encore que celui-ci soit représenté par des arbres utiles, par un fleuve, parles astres. C'est au mauvais que, dans l'espoir d'apaiser son courroux, on érige le plus de temples et qu'on immole le plus de victimes. Quant au bon, comme il n'est pas à redouter, on le délaisse. C'est chose curieuse que le peu de respect avec lequel on traite les prétendus inter-

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