CHAPITRE XIV
médiaires du dieu bon» les fétiches qui sont tantôt un Tase de terre, tantôt une marmite, tantôt une amulette quelconque. D'abord on leur adresse des prières, puis on leur intime des ordres; et si rafiaire au sujet de laquelle on a invoqué leur appui ne réussit pas, si le vœu que Ton a fait n*est pas exaucé, on se livre sur eux à toute espèce de violences; on les injurie, on les frappe, et souvent on les brise en mille pièces. Mais après les avoir accablés d*outrages, on se hâte d*en rassembler les débris, que Ton conserve soigneusement; finalement, pour détourner la colère du dieu mauvais et se soustraire au châtiment réservé aux sacrilèges, on lui ofire un sacrifice.
Cependant, après m'être avancé jusqu*à Zuwô, je constatai que mon mince bagage était près d'être épuisé, et, bien à regret, il me fallut songer à rebrousser chemin, tout en me demandant si, avec le peu qui me restait, il me serait même possible de regagner la côte. A cela , rien d'étonnant : à chaque village par où je passais, c'était ou un tribut à payer, le kàro, comme le nomment les peuplades musulmanes, ou un. cadeau obligé à offrir au chef. En tout état de cause, sans un secours inattendu, il m'était impossible de me hasarder plus loin, d'autant que le Mitshi était en feu, et que constamment j'avais sous les yeux des traces de luttes, de rapines et de carnage.
' 2(i-2 NIGER ET BËNIIË.
Je me décidai donc à redescendre par le pays des Akpotos qui, pour la plupart, de même que les peuplades du Mitsfiî, sont anthropophages.
J'y rencontrai une rivière que les indigènes appellent Okàri, qui coupe le Bénué en plusieurs endroits, notamment à la hauteur des îles Joko, situées sur la rive gauche de ce fleuve, par 5** 20' longitude est de Paris, et qui, à en juger par mes propres observations, jointes aux renseignements qui m'ont été fournis sur les lieux, ne serait autre que la Bonny.
Jusqu'à ce jour on a toujours indiqué sur les
cartes la rivière Bonny comme communiquant
directement au Niger; je suis porté à croire qu'il
n'en est pas ainsi, mais que, durant la saison des
pluies, certaines criques desséchées en été les relient
l'un à l'autre par la rivière Inam. Parmi les raisons
qui me font croire que véritablement la Bonny
n'est pas un déversoir du Niger, je signalerai la
différence qui existe entre les huiles de palme
arrivantpar ces deux cours d'eau : on sait qu'après
celles du Congo, les huiles de palme du Niger sont
les plus estimées sur les marchés d'Europe, tandis
que celles de Bonny y ont toujours été cotées plus
bas. Au contraire, par les rivières de Brass, du
Nouveau-Calabar, de San Barbara d'Akassa, de San-
Nicolas et de Bénin, on reçoit des huiles tout à fait
semblables à celles du Niger, auquel ces rivières