‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 128 sur 145 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

cooimuniquent bel et bien. Je le demande, cette différence de qualité se faisant sentir dans un même produit, suivant qu'il arrive par la rivière Bonny ou par le Niger, n'est-elle pas une preuve que ces deux cours d*eau ne communiquent pas directement entre eux?

Au dire des naturels, d*ailleurs, la Bonny traverserait Tempire d'Ibb, le pays des Ogidis , où elle prend le nom d'Okoloba, se dirigerait vers la mer, et à son embouchure s'appellerait Bonny. Si réellement il en est ainsi, cette grande voie fluviale, dès là qu'elle traverse une contrée fertile, riche sous tous les rapports, ouvrirait au commerce de précieux débouchés dans ïlhb,

A mesure que j'avançais dans TAkpoto, les difficultés se multipliaient sous mes pas : à la pauvreté de mes ressources et même de mes munitions se joignait Thostilité de plus en plus manifeste des habitants. A tout moment j'avais à redouter soit une embuscade, soit une trahison. Des partis d'indigènes, fuyant devant l'invasion musulmane, sillonnaient le pays : formés habituellement de cannibales du Mitshi, ils étaient d'autant plus à craindre que les attaques dont eux-mêmes étaient l'objet et la destruction de leurs villages les surexcitaient au plus haut point. Plusieurs fois je fus contraint de me cacher, et toujours j'évitais, autant que possible, les villages trop populeux. La nuit, Je m'en allais

avec Ben-Ali marauder un peu de légumes et des bananes, ou bien nous vivions du produit de ma chasse.

De jour en jour ma situation empirait. Aussi tombai-je dans le découragement. Il me semblait, par échappées, être près de ma fin : les privations, Texcès de fatigues, des dangers toujours renaissants, un qui-vive perpétuel qui m'ôtait tout repos, m*affaiblissaient moralement et physiquement. Et néanmoins je n'aurais à aucun prix voulu trahir devant mon fidèle Ali les inquiétudes qui me dévoraient. Bon gré, mal gré, si alarmé que fût mon cœur, si navré que je fusse pour lui et pour moi, j*a£fectais de paraître joyeux et tranquille sur notre sort

Une nuit, j*avais, selon ma coutume, suspendu mon hamac à de jeunes palmiers croissant près d'une crique en communication avec la rivière Okari , que déjà nous avions dépassée, et je m'étais assoupi, vaincu par la fatigue, tandis qu'Ali veillait. Nous montions la garde A tour de rôle, et rarement je dormais plus de deux heures de suite. Il en était ainsi depuis mon départ du Sénégal : quand ce n'était pas la préoccupation ou l'imminence d'un danger qui me rendaient le sommeil agité, fiévreux, c'étaient les moustiques qui se chargeaient de le troubler. Bien entendu, j'avais perdu l'habitude de quitter mes vêtements avant de me coucher. Tout au contraire, afin de me garer autant que faire se

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