CHAPITRE XIV
sais quoi de cruel qui ne prévient pas en sa faveur. Cependant il m'accueillit avec beaucoup d'aménité, et, en gage d'amitié, partagea avec moi le kola et le vin de palme.
Après la cérémonie, je me retirai. Le roi mit à ma disposition un petit corps de logis formé d'un rez-de-chaussée seulement, entouré d'une galerie, sous laquelle je suspendis mon hamac, où je me couchai, tandis qu'Ali, enveloppé dans une couverture, s'accroupissait à Tentrée de ma rustique demeure.
Le lendemain, je me sentis mieux; et, bien que ma plaie fut encore très-douloureuse, je me disais qu'une fois l'eÉfet du venin conjuré, — et il l'élait manifestement, — sans doute elle se cicatriserait bientôt. Toutefois, ne pouvant me résoudre à rester inactif, je me mis en devoir d'explorer la ville d'Ogbéri, que la veille je n'avais fait qu'entrevoir.
Les huttes dont elle se compose sont faites les unes en chaume , les autres en sable durci , et resseAiblent beaucoup à celles d'Asaba , qui se distinguent par leur solidité.
Ses habitants sont des nègres Akpotos, mais leur roi a embrassé l'islamisme , afin de conquérir les bonnes grâces des musulmans , et de se soustraire à leurs déprédations. Il paye tribut au chef d'Yola, dans l'Adamawa.
Les prêtres d'Ogbéri sont d*anciens féticheurs,
qui maintenant se vêtent d'une ample robe de marabout , dont ils ont emprunté aussi le caractère farouche. Ils ont la manie du prosélytisme. Parmi eux figurent quelques vrais chérifs, venus du pays des Filanis.
Leur religion est un mélange d'islamisme et de fétichisme. Chaque matin, à la pointe du jour, et le soir , au coucher du soleil , les prêtres convient le peuple à la prière en criant par toute la ville : Allahaku'baràl Ces ministres du culte se proclament les interprètes d'Yibirila , le messager du Prophète , et entretiennent la superstition parmi le peuple, qui parait les craindre et les vénérer tout à la fois. Quand ils célèbrent quelque cérémonie, ils exhibent à la foule des lambeaux d'étofife, où sont transcrits en caractères haussas les noms des anges qui peuplent le bienheureux séjour, ainsi que certains articles de leur singulier Credo. J'en ai recueilli qui témoignent à Févidence d'emprunts faits au Coran , mais au Coran travesti et défiguré.
Au sujet du jugement 'dernier, les Akpotos que j'ai rencontrés professent une doctrine passablement baroque : à les ' entendre , entre la terre et l'entrée du paradis, il existe un pont immense [dogokadarùka), tellement long que, pour le franchir, il faudrait marcher mille ans (duhùsêkdru). Jeté sur un abîme sans fond , il est aussi étroit que le tranchant d*un glaive. Seuls, les vrais croyants sont