‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 132 sur 145 · CHAPITRE XiV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XiV

appelés à le traverser. Ils ont la certitude d'en atteindre le bout, mais le temps qu'ils mettront à le passer dépend de la manière dont ils auront vécu ici-bas. Il en est qui le devront franchir à pied et dont le voyage , comme bien on pense, durera trèslongtemps; meilleurs que ceux-là, d'autres le traverseront à cheval , sans péril aucun , mais au pas; d'autres encore, supérieurs en sainteté aux premiers et aux seconds, le franchiront au galop; enfin les saints par excellence s'en iront au vol en paradis , c'est-à-dire en moins de rien.

Pour ce fameux paradis , il est tout à fait conforme à l'idéal du bonheur , tel que la plupart des nègres le conçoivent : j'entends que c'est le paradis de Mahomet, revu, corrigé et surtout considérablement augmenté; qu'il est peuplé d'innombrables houris, et que d'éternelles félicités y sont promises à ceux qui auront Theur d'y être reçus. Véritablement, on ne s'attendrait pas de la part des nègres à semblables débauches d'imagination! Qu'on en juge par ce trait : Il y a là quelque part un palais si vaste , si vaste , que , pour en faire le tour à cheval, il faudrait chevaucher cinq cents ans, et il est plein de beautés, toutes plus ravissantes les unes que les autres, et dont les yeux, tant ils ont d'éclat, brillent à sept milles de distance !

Ou je m'égare , ou j'ai retrouvé parmi leurs croyances l'histoire de Jonas travestie à leur ma-

nière : Unusa-Ben-Matâ (Jonah, fils d'Amittai) était un prophète du vrai Dieu. Mais il s'enorgueillit de sa mission, et un jour il se jeta à Teau, pensant y flotter par Teffet d'un miracle. Pour le punir de sa superbe, le Seigneur permit qu'il fût englouti par un gros poisson (ki/i-kùka), lequel devint lui-même la proie d'un alligator (kâda), qui, à son tour, fut avalé par un hippopotame [dôrina) ; et l'un dans l'autre, ils vécurent ainsi mille ans. Au bout dé ce terme , Dieu commanda à l'hippopotame de vomir l'alligator , à l'alligator de vomir le poisson , et au poisson de vomir Unusa sur la rive. Unusa reconnut alors sa petitesse et la grandeur de Dieu. Il avoua sa faute, et confessa la vraie foi.

Si les nègres ne manquent pas d'imaginative , il en est, semble-t-il, qui ne manquent pas non plus de l'esprit d'observation. C'est ainsi que d'après ceux d'Ogbéri, les petites mouches noires, très-venimeuses, qui peuplent les criques (rairai-kàda) vivent trois jours; les moustiques, dix ; les sauterelles [fara) , six mois; les bœufs {ta^-kàri-kàrai) ^ trente ans; les ânes {zakàï) , cinquante; les hyènes (kuràye) et les serpents {mat-si-sai), cent; les éléphants [giwàye) de même que les singes (6f ràr^), sept cents; enfin les hippopotames et les scorpions (kinàma), mille.

Pareillement, ils divisent le jour en cinq parties, savoir : la diane, ou, comme ils l'appellent, Yasuba; le matin, ou le dasafe; le midi, ou le rana saka; le

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