‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 133 sur 145 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

coucher du soleil, ou Valmurù, et la nuit, ou la lisha.

Au reste, quoique soumis à la loi du Coran, ils sont au fond demeurés polythéistes. Entre autres divinités, ils vénèrent f'^àn^ dieu de la chasse, et Sokogha, dieu du tonnerre. Les grenouilles sont à leurs yeux des animaux sacrés, ainsi que les grands aigles bruns [halietus vocifer) qui foisonnent dans leur pays, perchent sur le faîte des huttes, et se nourrissent d'insectes, auxquels ils font une guerre acharnée.

Pour s*entre-sâluer, les nègres musulmans s'embrassent en posant la main droite sur Tépaule gauche de leur ami ; mais toujours , en saluant le rbi, ils s'agenouillent.

Ils travaillent passàblemen la terre : leurs plantations d'ignames (dioscorée ailée et helmie bulbi- /ère) sont fort belles, et, comme leur bananiers et leurs plantains, elles donnent des produits superbes. Ils cultivent également le maïs, la casada, la patate, la colocasse et le manioc ; ils connaissent Tarbre à poivre , le soi-disant koumbo (ou xylope d'Ethiopie) ; enfin ils récoltent quantité de ramies [grewia mollis) dont ils se font des cordes et maints ouvrages d'une finesse et d'une solidité remarquables.

Indépendamment du vin de palme et de bambou, on trouve sur le Bénué un breuvage analogue à la bière, et qui se fait avec une plante céréale, Véleusine coracana; encore que dans l'abord il ne flatte

pas précisément le palais, on s'y accoutume néanmoins; à canse de son goût aigrelet, c'est une boisson rafraîchissante.

Il se cultive partout du tabac chez les peuplades riveraines du Bénué. On le dit originaire de Logami, dans le Soudan central ; il ressemble beaucoup au tabac de la Virginie. Par contre, la canne à sucre, que Ton rencontre sur le Niger, particulièrement à Oko, et qui y est si belle, le long du Bénué ne se voit plus nulle part.

Quant à l'esclavage, malheureusement il y règne avec tout son cortège de misères, de cruautés et d'horreurs. Les maîtres n'y sont pas même tenus de nourrir leurs esclaves; ceux-ci pourvoient comme ils peuvent à leur subsistance. Désignés sous le nom de harbe^ ils reçoivent, dans la plupart des cas, toutes sortes de mauvais traitements, et finalement descendent au niveau des brutes.

Les riverains du Bénué sont généralement fort laids, mais la taille des hommes dépasse la moyenne. Les femmes y sont d'une obésité phénoménale, ce qui, chez elles comme chez les Orientales, est une marque de beauté et de distinction. Je n'imaginais pas qu'un peuple, si sauvage fût-il, en pût venir à trouver du charme en cette monstrueuse difformité » et pourtant c'est ce qui alieu. Telles femmes pèsent quatre cents livres! Et ce sont de royales et puissantes favorites! C'est à ne s'en fier ni à ses yeux ni à

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