CHAPITRE XIV
ses oreilles. Notez qu'avec cela elles se parent des ornements les plus baroques. Tout leur est bon : des perles, des morceaux de bois, des fragments d'os, des lambeaux de cuir, voilà de quoi sont faits leurs colliers, qu'agrémentent des ongles d'orycféropes, des dents de crocodiles et de chacals, des serres d'aigles, des vertèbres de serpents, enfin des verroteries bleues, produit indigène, qui s'obtient en fondant de vieilles bouteilles, et qu'on colore durant la fusion au moyen d'indigo. C'est on ne peut plus grossier, mais les naturels y attachent du prix, tandis qu'ils tiennent en médiocre estime nos verroteries. En fait de produits européens, ce qu'ils aiment et ce dont il se faut munir, ce sont des étofies, des métaux, des fusils, de la poudre et du sel, autant d'articles que leur apportent les caravanes de Mores.
Après le cou, c'est leurs oreilles que les femmes du Bénué surchargent d'ornements sui generis. Littéralement elles se les ourlent de minces anneaux en cuivre ou en fer; et souvent une lourde pendeloque ou un morceau de verre bleu complète cette sauvage parure, dont elles tirent grande vanité.
En somme, les habitants de ces régions sont industrieux : ils travaillent le cuivre avec adresse, parfois même avec une certaine grâce; ils en font des pointes de lances, des couteaux, des lampes à huile de palme, des bagues, des bracelets. Ils forgent aussi le fer, mais assez malhabilement. Pareil-
lement ils fabriquent des poteries, des vases, entre autres, dont la décoration rappelle quelque peu Tart égyptien. Souvent, pour fondre le cuivre, For et le verre, ils se servent de petits fourneaux d'argile, grossièreiùent faits, mais très-résistants.
Le surlendemain démon arrivée à Ogbéri, espérant goûter quelque repos, je m'étais, vers huit heures du soir, étendudans mon hamac, lorsqueB^n- Ali me vint avertir qu'Oputa demandait à me parler.
Véritablement, Oputa le suivait.
En lui serrant la main, je crus remarquer que son air trahissait de la gène et de l'inquiétude; mais je ne m'en préoccupai pas autrement. Il venait m'annoncer que Zumbade allait, la nuit, célébrer en rhonneur de l'homme blanc une grande fête, et que j'étais instamment invité à y assister.
« Très-volontiers, répondis-je. v
Et, quittant mon hamac, je m'acheminai avec lui vers la demeure du foi, que déjà une multitude ,d*indigènes entouraient. Zumbade nous accueillit avec les marques d'une vive satisfaction, et nous offrit le vin de palme et le kola, tandis qu'à la foule, ses gens distribuaient du gin et du rhum. Les libations finies, nous nous dirigeâmes tous ensemble vers le théâtre de la cérémonie , situé proche de la ville.
La nuit était radieuse, la lune, dans son plein, et ses rayons projetaient au loin sur la plaine les reflets les plus fantastiques.