CHAPITRE XV
sont recherchées à cinq cents, six cents, voire même huit cents francs , valeur en marchandises , cela se comprend. Les enfants en valent deux cents, cent et moins encore; on en achète de très-jeunes, que Ton soumet aux ciseaux des eunuques, et que Ton réserve pour les sérails de TOrient. Comme bien on pense, il règne parmi eux une grande mortalité, et sans exagération il est permis de Fcstimer à 80 pour 100. Aussi ceux qui survivent à la mutilation qu'on leur inflige atteignent-ils habituellement un haut prix.
Cest à Igbébé que définitivement je me séparai d'Oputa. En le quittant, je le remerciai de tout cœur de ses services, et, pour lui prouver que j'en sentais Timportance, j'exprimai hautement l'espoir qu'un jour le drapeau belge flotterait à Ogbekin, sur un comptoir dirigé par mes compatriotes. A son tour, il me promit de donner l'hospitalité aux blancs qui se présenteraient dans ses États pour y commercer. Là-dessus je lui dis adieu, après lui avoir fait cadeau d'une carabine et d'un revolver système égyptien , dont il parut ravi , et en retour desquels il me remit, sans préjudice d'autres objets, une bague en or africain, ciselée par les indigènes, et d'un fini étonnant , si l'on songe h l'imperfection de leurs outils.
D'Igbébé à Lokojà, il n'y a que la largeur du Niger. Je m'y rendis sans tarder, sachant que le
lendemain y relâcherait un petit steamer, VEdgar^ appartenant à la Compagnie africaine, et qui redescendait le fleuve. Il y arriva, en eOet, et je fus beureux d'y retrouver, en même temps que le capitaine Haynes, M. Hook, avec qui j'avais fait route sur le Victoria. L'un et Tautre m^accueillirent avec la plus grande cordialité , et il fut décidé que je me joindrais à eux.
Un incident faillit compromettre mon retour.
V Edgar déchargeait, pour la factorerie de Lokojà, des tonnelets de rhum qu'il fallait rouler à bras d'hommes à frois cents mètres de distance. Or, vers le soir, des Igbirriens, établis le long de la rive, en volèrent deux. Quand, le lendemain, on les somma de les restituer, ils s'en vinrent en foule nous assaillir à coups de flèches. Par bonheur, les habitants de Lokojà intervinrent, et, à la suite de longs palabres, les décidèrent à cesser leurs hostilités. Je dus à cet incident de lier connaissance avec lilùye , le guide et Tinterprète du D' Baikie lors du voyage qu'il fit en 1854 à bord de la Pléiade, Je sus par lui que, si les indigènes se refusaient à livrer les coupables , c'était à cause du châtiment dont ils étaient menacés. Le maître de la contrée, c'est le roi Bida; or, a.ux termes de la coutume qui y est en vigueur, quand le larron restitue le vol ou en paye l'équivalent, il n'encourt aucune peine; mieux que cela, on le tient pour un adroit compère,