CHAPITRE XV
s^ODS françaises intercédèrent pour lui , et obtinrent
^uMI fût relâché.
Mais au lieu de s'en tenir là, Tagent anglais porta
plainte à son gouvernement, qui vainement voulut contraindre Gélé à lui payer, à titre de réparation, deux cents tonnes d*huile. Gélé s'y refusa net. C'est Blors que coururent les bruits de guerre. La guerre* aurait ruiné les établissements français de l'intérieur, et amené le massacre des blancs qui les dirigeaient. Pour la prévenir, les maisons Régis aîné et Cyprien Fabre convinrent de payer, à la place du roi, la moitié de l'amende, soit cent tonnes, ce qu'elles firent, et l'affaire en demeura là.
£n somme, si ce n'était le fétichisme, véritable cause des abominabirs boucheries d'hommes qui s'y font, et si les Européens renonçaient à l'idée d'y dominer, le Daiiomey, j'en suis persuadé, serait l'un des points de la côle d'Afrique où d'ici à peu leur action se pourrait faire sentir le plus avantageusement.
J'ai retrouvé chez les Ibadans, chez les Jabous et même chez les Epées, une tradition singulière, répandue également parmi les peuplades du delta du Niger et de quelques autres parties du littoral. Sans cesse ils voient l'Européen à bord de steamers, de pirogues ou de gontons; une longue expérience leur montre que généralement il succombe lorsqu'il veut habiter la terre ferme; en outre^ ils n'imaginent
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point que par delà les mers îl puisse exister un autre inonde où il parvienne à vivre. De là ils concluent que c*est un être maudit, qu*il est condamné à errer perpétuellement sur la plaine liquide, que le jour où il Fabandonne, il est voué à une mort certaine; bref, que pour lui il n*y a pas de continent, et que Teau est son unique domaine.
A Lagos, j'eus la bonne fortune de trouver le plus précieux appui en H. Spinosi, agent de la maison Régis aine, de Marseille, qui y possède de splcndides comptoirs. Maintenant que je les connais, je comprends le prestige que le nom seul de M. Régis exerce sur Fesprit des indigènes du Dahomey. Il est, en effet, à leurs yeux le grand roi des hommes blancs, et sa maison la grande maison. C'est le bien qu'il leur a fait qui lui a valu sa renommée, cl certes, si jamais quelqu'un en fut digne, c'est lui.
Cependant il me fallut songer au retour. M. Spinosi se mit généreusement à ma disposition, et m'en aplanit les difficultés. Je lui dois la plus vive reconnaissance, et je garderai longtemps la mémoire de ses services.
C'est sur le ^i^dxaet Roquelle que je m'embarquai en destination de Liverpool. Après avoir derechef touché aux différents points commerciaux de la côté, fait escale aux iles Canaries et à Madère, et traverse l'Angleterre, enfin je rentrai en Belgique le 17 décembre 1878.