CHAPITRE III
avait eu grand'peur, ajoutait-il, en entendant les cris des bétes fauves. Le pauvre diable avait tremblé, je le veux bien, mais peut-être était-ce moins pour moi que pour lui. En tout cas il se sentait plus à Taise, disait-il, lorsque Thomme blanc était là.
Aussitôt revenu au campement, je fis allumer cinq grands feux pour éloigner les fauves, dont le voisinage, abstraction faite de leurs cris, m*était attesté par les tremblements de mon cheval, qui ne se calma qu'après avoir été ramené près de nous, et attaché à un piquet à côté de ma tente, de même que le chameau et le mulet.
Cela fait, j'enjoignis à Biram et au chamelier de tenir les feux allumés toute la nuit, me promettant bien de veiller par moi-même à notre sûreté à tous, d*autant qu'outre les bétes fauves, nous avions à redouter les bandes de tiedos à qui les coups de carabine pouvaient fort bien avoir signalé notre présence.
Après m'être assuré du bon état de nos munitions, je prêtai Toreille à Tétrange concert qui se donnait non loin de moi. Quel orchestre solennel et terrible ! La forêt, si calme le jour, depuis que la nuit Tenveloppait de son voile, retentissait de mille bruits discordants. Ce n'était plus le cri des pintades, le roucoulement des tourterelles, le gazouillement des petits oiseaux aux couleurs chatoyantes... Non, ils dormaient à la cime des arbres, ou se pelotonnaient
frissonnants au pins épais des taillis. C'était à la fois un Ingubre et majestueux vacarme : aux aboie* ments prolongés du chacal répondaient les ricanements de rhyénCf comme si, ravie de le savoir e& chasse, elle le félicitait par avance de la découverte d*un festin dont elle était sure d*avoir sa part. Bizarre singularité de la nature! Dénuée de flair, Fhyène est incapable de pourvoir elle-même à st subsistance; mais par instinct, elle suit le chacal, qui est, lui, un excellent chasseur, et a les mêmes goûts qu^elIe; aussi, lorsque, ayant trouvé une proie, il aboie en signe de triomphe, aussitôt «lie accourt, hideuse, la déchirer avec lui à belles dents. Puis c'est le roi du désert qui rugit, soit qu'il appelle sa compagne, soit qu'il cherche son repas. Aux redoutables accents de sa voix de tonnerre, toute la fcMrdl frémit... les oiseaux se ramassent sous le feuillage, les singes s'esquivent au faîte des arbres, et la pintade s'abrite timidement parmi les halliers. C'est mi vain! Avant même qu'elle ait entendu l'ennemi approcher de son refuge, une patte énorme s'est allongée vers elle et l'a impitoyablement broyée sous ses griffes... Et pour les léopards, pour les panthères, pour les chats-tigres, quelle aubaine que la nuit! quelles chasses! quels banquets!...
Quant à moi, secouant la torpeur où m'avait plongé la sauvage harmonie qui depuis {dus d'une heure absorbait tous mes sens, je me levai et, armé