‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 23 sur 145 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

roilà ce qni loi avait arraché son cri d*aUégresse.

De peur de nous égarer encore , nous longeâmes Ja ligne lélégrapbiqoe que Ton voit se profiler par monts et par Taux , aax hasards du terrain. Dans le principe, les naturels en coupaient fréquemment le fil, non qn*ils en comprissent Femploi, mais parce qu'ils le regardaient comme un maléfice planant en permanence sur leurs champs et leurs troupeaux. Aujourd'hui ils le respectent, parce qu'il le faut bien, c* est-à-dire parce qu'il est l'objet d'une surveillance attentive de la part de gardes établis par Faatorité dans tous les villages avoisinants. Cela n'empêche pas qu^au premier symptôme de soulèvement ils ne s'y attaquent tout d'abord; car, sans rien entendre, non plus que jadis, aux mystères du courant électrique, le cordon aérien qui sert à le transmettre leur fait , comme par le passé , l'effet d'une puissance occulte et d'un fétiche malfaisant.

A dix heures, j'entrevis enfin, au détour d'un vallon, une maisonnette en pierre sur laquelle flottait le drapeau français : c'était le poste de Bétète.

Quelle que soit sa nationalité, le voyageur européen peut toujours compter, près des postes français échelonnés dans les différentes provinces du Sénégal, sur une bonne et franche réception, et, le cas échéant, sur un sérieux appui. J'en ai acquis la jpreuve à diverses fois, et je tiens à en exprimer ici à qui de droit ma vive reconnaissance.

A Bétète» je fis quelques provisions, et le lende^ main, en le quittant, nous nous dirigeâmes vers la côte. Après avoir traversé de longues plaines ondulées, nous alteignimes les dunes qui, en cet endroit, forment les plus fantastiques défilés, et que tapissent des végétaux grillés par le soleil. J'arrive ainsi à la mer; le panorama que j'ai sous les yeux est le même qu'entre Dakar et Rufisque : la plage est belle, le sable fin, couvert à marée basse de poulpes, de coquillages et d'innombrables crabes jaunes. Quel laid animal que le crabe I Haut perché sur ses pattes, il est informe, et ses yeux, il le faut croire, tournent sans cesse dans leur orbite, car il voit en même temps à droite, à gauche, devant, derrière, et, sans être obligé de se retourner, il marche dans tous les sens. Il y en a là des milliasses, et chaque fois qu'une vague échoue sur la plage, ils courent tous ensemble happer les insectes et les déchets qu'elle y dépose, puis fuient au plus tôt devant celle qui lui succède.

Quand tomba la nuit, nous avions dépassé les cases d'Yor, et nous étions à la hauteur du cap Cawoor, où nous campâmes dans les dunes. A la Lueur de nos feux, les indigènes* accoururent en foule; mais ils sont très-pacifiques. Je leur achetai du poisson, une poule et du bois, que bien volontiers ils échangèrent contre de la cotonnade bleue.

Page 1