‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 24 sur 145 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Trés-fatigué , je ne tardai pas à rentrer sous ma tente, où je m*étendis sur la paillasse que j*avais emportée de Dakar, et qui constituait toute ma literie. Cétait une simple toile à matelas, fendue au milieu, de manière que, chaque soir, on pût la remplir d'herbes sèches que Ton jetait le matin; on pliait alors la toile, en sorte qu'en cas de nécessité toute ma literie aurait tenu dans ma poche. J'espérais cette nuit-là dormir comme an sabot. En effet, mes paupières appesanties s'étaient promptement fermées, et j'étais enseveli dans le sommeil, lorsque je fus réveillé par d'étranges chatouillements à la figure et aux mains. En même temps, tout autour de moi j'entendis un craquement pareil à celui de rameaux desséchés qu'on froisserait les uns contre les autres. Tout somnolent, je portai paresseusement la main au front, où se mouvait je ne sais quoi de visqueux... Non, oncques n'oublierai l'atroce impression dont je fus saisi en reconnaissant au toucher un crabe énorme qui se débattait sous mes doigts, et en constatant que ma tente était pavée de ces crustacés. Je me levai , mais à chaque pas j'en écrasais sous mes pieds. Véritablement je frémissais de dégoût! Tout en me secouant, je m'enfuis vers la plage. J'eus beau faire, Thorrible sensation que je venais d'éprouver me poursuivait partout... partout je voyais des crabes, et de dormir il n'était plus question.

&0 NIGER ET BÉNDÉ.

Afin de changer le coors de mes idées, je me priV à arpenter les dunes, ma carabine snr Tépanle, espérant bien tirer nn des chacals ou Tune des hyènes dont les cris rauqnes m^amenèrent près d'un gros buisson. Bientôt, à la faveur d'une nuit claire^ comme le sont les nuits africaines, j'avisai un gros animal acharné contre le squelette d'un chameau ou d'un àne. Je fis feu, la bête se ramassa sur ellemême comme pour bondir sur moi ; mais à mon second coup , elle roula dans le fourré en poussant un hurlement étoufi*é; je m'approchai. L'hyène, car c'en était une, gisait là, en proie aux derniers spasmes de la mort... En fait de hideur, ma nuit était complète ! Aussi m'éloignai-je bien vite du théâtre de mon exploit.

Enfin les étoiles pâlissent, l'horizon se dore des premières lueurs de l'aube; je rentre au camp. J'y vois mon chamelier, tourné vers le soleil levant, tantôt prosterné dans la poussière , tantôt debout , les yeux fixés vers l'orient, et éparpillant tout autour de lui des poignées de sable en récitant son salam : fidèle disciple du Prophète , c'est ainsi qu'il faisait sa prière du matin. Quant à Biram , il me fallut le secouer, pour l'arracher à son sommeil.

Sur les indications du chef d'un village voisin, je cessai de côtoyer la mer, parce qu'à cet endroit une langue de terre formant presqu'île se prolonge sur une étendue de plusieurs lieues, et que, si je l'avais

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