CHAPITRE III
suivit, une fois armé à Textrémité de ce cap, /aurais dà rèbronsser dhemin. A onze heares, noas atteignons le poste français de Monït, sitaé à vingtdeux kilomètres de Saint-Lonis; Faspect en est des plus pittoresqnes : de brusques élévations de terrain y alternent avec de petites plaines sans horizon, sans suite, le tout couvert de chétives graminées et de rares palétuviers.
La route que je suis le lendemain , et qui mène droit à Saint-Louis, offre le même caractère. La végétation y est maigre, et en maints lieux on prendrait le sol pour de la lave. Je traverse plusieurs villages. L^animation qui y règne trahit le voisinage d*un grand centre. Ce sont ou des caravanes qui transportent des gommes et des arachides , ou des camps mores, où ruminent béatement des chameauiL agenouillés. Leurs gardiens, accroupis près d*eux, vêtus d*un koussab de coton bleu ou de toile blanche, ont la tête nue, Tair sombre et rêveur. Je remarque de belles Moresques, reconnaissables à la finesse de leurs traits, à leurs longs cheveux, à leur teint clair, tranchant sur la lourde négresse au nez épaté, aux lèvres épaisses, aux cheveux courts et crépus.
Enfin voici le pont Faidherbe, et bientôt se déroule à mes yeux le riant panorama des constructions européennes de Saint-Louis.
Saint-Louis forme une ile, dont le noyau a été le fort de ce nom , qui , si je ne me trompe , date de
1637, époque où la France occupa le Sénégal, et qui aujourd'hui sert de caserne et de magasin. Deux grands ponts la relient à la terre ferme : celui de Sohr et celui de Guet ]\F*Dar.
Cest à Tendroit dit Pointe de Barbarie que le fleuve Sénégal se jette dans la mer. La barre est habituellement mauvaise : elle se modifie après le ras de marée, nécessite une continuelle surveillance, et chaque jour des signaux en indiquent officiellement Tétat.
Le voyageur qui vient des riches, mais peu commerçantes et presque sauvages régions du Cayor, s* étonne de l'activité qui règne à Saint-Louis : de toutes parts, mais principalement du haut fleuve, y aboutissent de nombreuses caravanes composées presque exclusivement de Mores, suivis de leurs traditionnels chameaux; à Guet N'Dar, Tactivité redouble à cause du grand marché qui s'y tient. Ce sont les piroguiers surtout qui habitent ce quartier. Ils vivent du produit de la pèche à laquelle ils se livrent avec passion. Rien de curieux comme de les voir lancer leurs pirogues, armées aux deux extrémités d'un croc en fer. Tandis qu'avec une hardiesse inouïe, elles dansent sur la lame, debout, ils leur impriment un mouvement cadencé, de manière que toujours elles présentent la pointe d'avant à la vague. On est frappé de la vitesse avec laquelle ils affrontent les passes les plus périlleuses et de la