CHAPITRE III
sûreté de leurs manœuvres. Aussi rendent-ils de
grands services à la colonie : armés d*une gaiffe, conduits par un pilote qui est lui-même un vrai loup de mer, ils s*en: vont journellement mesurer la profondeur de la barre. Les bâtiments qui naviguent sur le fleuve ne peuvent d'ailleurs avoir plus de quatre mètres de tirant d*eau.
Le gouverneur du Sénégal, M. le colonel de Brfére de Tlsle, me reçut avec beaucoup d*afiabilité. Il m'apprit d'abord qu'une quinzaine de jours auparavant était arrivé un voyageur français, M. Soleillet, qui se proposait d'étudier le moyen de relier la colonie à l'Algérie, et qui, à cet effet, était parti pour le haut fleuve; ensuite, qu'il l'avait chargé de différentes missions près de chefs indigènes qui, sans être hostiles à la France, n'aiment guère les fréquentes visites d'Européens. Il me déconseilla donc de me rendre au Niger par la même voie.
Ce ne fut pas sans un vif regret que j'accédai à ce désir. J'avais en effet mûrement réfléchi sur certaines vues du gouverneur Faidherbe, corroborées par les récits de M. Mage, et à mon sens, si l'on tient compte des études faites sur la nature et sur les différentes altitudes des terrains du Ségou. sur la force des courants du Jolibois et sur l'étranglement de la rivière Bakkoy, il serait possible de la faire servir au raccordement du fleuve Sénégal avec le %er. Certes y une telle entreprise est hérissée de
difficohés. Est-elle exécutable? Dans raffirmatiFa^ il la faudrait tenter, car ks résultats en seraient gprandioses. Le Sénégal relié au Niger, c'est Tun des grands problèmes africains résolu ; c'est la voie toute tracée pour atteindre au cœur même du pays; c'e^ la route ouverte vers Tombouctou , cette cité légendaire, qui est comme le dernier et mystérieux refuge de Tbostilité indigène entretenue par la cupidité musulmane. Une fois ce voile décbtré, c'en est fait, dans toute la partie occidentale de l'Afrique, de ce fléau de l'esclavage qui la désole incessamment; c'est la diffusion des lumières au sein de ces contrées barbares; c*est l'affrancbissement du commerce européen si longtemps à la merci des traitants mores; c'est, en un mot, une œuvre magnifique, à laquelle je m'estimerais heureux d'avoir pu contribuer pour une part, si faible puisset-elle être.
En attendant, comme mon but principal était de visiter les peuplades riveraines du Niger et du Bénué, et que le projet de m'y rendre par le Sénégal était subordonné à des conditions indépendantes de ma volonté , je résolus de retourner par mer à Dakar, et de m'embarquer à Gorée pour le golfe de Guinée. Toutefois le steamer, qui deux fois par mois fait le service entre Dakar et Saint-Louis, n'étant pas en partance, je profitai des loisirs qu'il me laissait pour observer en détail quelques-uns des