‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 29 sur 145 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

les autres rouges, que Ton extrait du nébouëd. Quel qu'en soit Tobjet, chez FEuropéen qui s*y livre , les transactions avec les Mores , qui sont de très-habiles trafiquants, exigent de la finesse et même de la diplomatie.

La valeur des produits a pour unité la pièce de gainée; toutefois on emploie aussi comme monnaie lescauriSj petits coquillages agrémentés d*une verrue^ qu'on pèche dans les parages de Mozambique, où ils n'ont pas cours.

Les traitants européens pratiquent l'hospitalité à Técossaise, je dis mieux, à la française : j'en ai &it l'expérience. D'ordinaire la salle à manger est très-spacieuse; au-dessus de la table pend un bancal qui fait l'office d*éirentail, et qu'un jeune nègre, placé derrière les convives, agite à l'aide d'une corde. C'est tout à la fois un chasse-mouches et un ventilateur. Pour qui est sujet au mal de mer, il y a lieu de se défier, car il se peut que le perpétuel va-et-vient de cette espèce de balancier occasionne des vertiges funestes à l'estomac. Ce n'est point le cas pour nous : mes hôtes sont accoutumés à ce manège, et quant à moi, je suis aguerri contre le mal de mer ; aussi fais-je honneur aux poulardes , imx légumes , aux conserves qui défilent devant nons, accompagnés de vins généreux qui , insensiblement, animent et égayent l'entretien.

Il est à peine besoin de le faire observer, ma qua-

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lité d'étranger amène fatalement moa b6te à me parler de Fétat de la colonie^ et quoi f ite. |e fasse pour détoarner la conversation » ce aujet le préoccupe à tel point, que toujours il y revient malgré moi. Il se plaint , non sans amertume et avec «n air de conviction irrécusable, de ce que Faatortté mllltaire règne et gouverne despotiquement ; de ce qu^ea toutes choses , même en celles où évidemment elle est incompétente , dans les affaires pureaient com* merciales entre autres, elle intervient ensouveraiae» formule des règlements,, édicté des arrêta , décide, coupe» tranche, sans prendre Favis des traitants, qui sont cependant les meilleurs juges de l#ors propres intérêts, et qui devraient bien, eux aussi, avoir leur mot à dire, puisque leur fortune e&i tout entière liée au sort du Sénégal. Il exprime chaleureusement le vœu que, mieux éclairée, la France change de t&oà^ en comble Fadministration de ses colonies^ car c& qui est vrai du Sénégal Fest également de FAIgérie^ qu'elle renonce à investir Fautorité militaire dumo^ nopole dont ses dépositaires se targuent, sous pré^ texte que seuls ils sont capables de contenir les indi^ gènes ; que désormais Farmée s'en tienne au rôle dc^ protectrice dont elle s'est toujours si nobkmenl^ acquittée; mais que, pour tout ce qui n'est pas stricte-'ment de son domaine, elle cède bénévolement le pai^ au pouvoir civil; qu'enfin les commerçants devien*-' nent une bonne fois les maîtres de leurs destinées I

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