CHAPITRE III
Tout en écoatantmon interlocuteur Jeia« disais, h part moi y que ses critiques sur Tingérence de Tautorité militaire dans les affaires civiles de la colonie le rendaient, à son insu , injuste envers un bomme dont, j*en étais sur, il ne méconnaissait pas les mérites, envers le colonel Faidherbe \
Elles sont étranges , les phases par oti a passé le Sénégal depnfs que Lancerotte le découvrit en 1447 ! Tour à tour Portugais, Français, Anglais y sont venus, sans pouvoir s*y maintenir, et presque sans pouvoir s'y établir. En 1817 il est restitué à la France : les officiers appelés à en prendre possession partent à bord de la Méduse qui se perd , dans 'eplus terrible naufrage, au fatal banc d'Arguin. Qainze goirvemeurs radmtnistrent successivement, mais c'est en vain que l'on cherche les traces de travaux exécutés par enx. Est-ce que leur bon vouloir aurait été paralysé par Thostilité des indigènes, On bien étaient-ils auniessous de leur tâche? Le fait ^t que le Sénégal ne leur doit presque rien.
Enfin arrive Faidherbe, et du jour où elle est
gouvernée par ce brave soldat et ce brillant admi-
iristrateur, la colonie semble sortir de ses langes. A
lui seul il fait plus en quelques années que n'avaient
laâten un demi-siècle ses quinze prédécesseurs. Il la
^auve de la destruction et de la ruine que les bordes
^ Ancien gouternenr du Sénégal, aujourd'hui génëraL
6i NIGER ET BÊNUÉ.
d*EI-Hadji traînent après elles '; il consolide ce qu'il a eu le bonheur de sauver; il crée des écoles où il invite les souverains indigènes à envoyer leurs fils, et inaugure ainsi un avenir de paix et de prospérité; il ouvre au commerce les portes du Fouta- Toro, du Kasson, du Bambouk qui jusque-là s'étaient montrés profondément hostiles aux blancs ; on lui est redevable de Tannexion des provinces du Dimar et d'Oualo ; il garantit au trafic du haut fleuve une sécurité que jamais il n'avait connue avant lui; il abolit les coutumes, droits vexatoires et exorbitants que les chefs indigènes prélevaient arbitrairement sur les marchandises et sur les transactions des négociants français ; bref, d'un bout à l'autre du Sénégal, tous ceux, Européens ou indigènes, qui ont été à même de l'apprécier, lui et ses œuvres, redisent son nom avec orgueil et avec reconnaissance.
Il me resterait à parler de bien des choses : du château de Richard Toll» charmant coin de terre, situé près de Saint^Louis; des essais de plantations de coton et d'indigo que l'on a tentés un peu partout; des poétiques légendes sénégalaises, et particulièrement des merveilleux hauts faits de Samba, que les Griots s'en vont le soir, à grand renfort de gestes et de tambourins, psalmodier sous la hutte des nègres; de quelques types curieux, entre autres
1 Héroïque rëfistance de Paul Holl au fort de Ifédtne, et sa dëlivrance par le gouvemeor Faidherbe.