CHAPITRE IV
Le Coriêeo, — Lb Gambie. — Stiote-Marie-de-Batharst. — La CaMjDance, le Rio-Pongo et la Malacorëe. — Sierra-Leone. — Une connaissance retrontëe. — Excursion dans Free-Town. — C6te de Groà. — lies danse Cronmanes. — Côte d'Ifoire. — Côte d'Or. — — Delta dn Niger. — Je quitte le Cori$eo.
Le Corisco est un charmant petit steamer, trèscoqnet, presque neuf, fort bien aménagé : c'est» dit-on, un des meilleurs vapeurs de la ligne de LiverpoolàFemando-Po. Toutefois ces bâtiments ne sont pas spécialement destinés au transport des voyageurs; affectés presque exclusivement aux besoins du commerce de la côte d'Afrique» on n*y trouve pas le confort des paquebots français des Messageries maritimes. Jusqu'à Madère» ils transportent bon nombre de passagers» voire même des passagères qui vont en villégiature aux îles Canaries. Mais plus loin il est rare que Ton voyage en compagnie ; et quand d'aventure il y a une Européenne à bord, c^e%ï là un événement dont on s'entretient longuement à la côte. La cbance ne m'a pas été favorable» et c*est à Gorée que j'ai rencontré les derniers visages pâles féminins. C'est là aussi que pour la dernière fois j'ai ouï et parlé le français : c'est
Tanglais seul qu*on entend à présent, tant à bord que sur le littoral, et il est d'une absolue nécessité de le bien savoir si Ton veut être à même de se tirer d'affaire.
Le capitaine du steamer est un vrai type de marin anglais pur sang : gros, large, carré, au fond excellent homme. Vieux loup de mer doublé d'un traGquant, c'est avant tout et à l'exclusion de tout un esprit positif et pratique. Comme ses pareils, il perçoit un tantième sur la cargaison et sur le mouvement commercial du bord, ce qui fait que pour lui la valeur d'un homme dépend surtout de son chiffre d'affaires sur la côte : l'humble passager, le voyageur surtout avec son modeste bagage, ne jouit à ses yeux que d'un bien faible prestige. Quand le chargement ne prend pas bonne tournure, il est sombre, taciturne, irascible; quand abondent les tonneaux d'huile de palme, les bois de teinture on les ivoires, sa bonne grosse figure se rassérène, et vous le verrez même sourire. Pas n'est besoin de descendre dans la cale , ni d'examiner l'échelle de flottaison pour s'assurer de l'état du chargement ; la mine du capitaine vous éclairera à ce sujet : sa bonne humeur est en raison directe du carré de sa cargaison.
Si l'on est possédé de la manie de causer, on n'a d'antre ressource que de se rabattre sur le docteur du bord. Celui-ci n'a pas encore eu le temps de s'absorber dans le positivisme, au point de ne pou-