‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 33 sur 145 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

voir plus énoncer une idée : c'est en général un jeune homme qui vient de terminer ses éludes, et qui voyage pour se former. Il conserve quelques illusions, une pointe de poésie, et il a de sérieuses connaissances. Que de lances j'ai rompues avec lui , tandis que, assis sur le pont, les pieds sur les bastingages à la hauteur des yeux, nous nous lancions en d'interminables ^controverses de omni re scibili! Et lorsqa'cn ces moments-là le gros capitaine, pur hasard, passait près de nous, il s'arrêtait, prétait l'oreille, haussait les épaules, et bientôt disparaissait en nous jetant un regard de pitié.

Cependant le Corisco, en digne steamer à hélice qu'il est, glisse rapidement sur les vagues. Je vois tour à tour défiler les côtes du Sin d'abord , puis du Saloum, cette belle et fertile province, la patrie des Serrères, qui produit des bois de teinture, de la cire, du miel, des chèvres, et dont le sol, bien cul* tivé, serait enchanteur, si le vaste marigot de Fellani ne le rendait très-insalubre. Voici ensuite la province de Niom, et le beau fleuve Gambie, où nous entrons pour nous arrêter à Sainte-Marie-de-Bathurst, notre première escale.

La Gambie appartient aux Anglais. Jadis les Français y avaient un poste à Albréda, et les nombreux comptoirs qu'ils possèdent à Sainte-Marie leur faisaient souhaiter l'acquisition de cette place; mais comme l'Angleterre exigeait en échange la cession

in Gafion, les pourparlers ii*aboiitireiit point... Cesl in moins ce que Ton contait tors de mon passajgei Sainte-Marte-^e-SathnrsI.

La population ie cette viHe ferme la plus étrange mosaïque que j*aie rencontrée sur la côte ooctdentril d'Afrique ron y voit des Serrères, des Yoloft, dM Mandingnes» des Féloups, des Bakntes de Gatè* mance, des Croumanes, des Sarrakolets, ées Kx^ sonkets, des Laptos de Gorée, etenin des Sigiuirdei.

Bien que la colonie soit anglaise , les comploiil français m*ont parn Ty emporter par le nombre M ^ l'importance ; il y en a aussi de portugais, d'Mriiens, \ de bollandai», d'allemands^ et tout ee monde, Kiro- ^ péens et indigènes , chacun apportant avec soi sel t coutumes et ses meeurs, forme une bfgarmre èê ^ plus original aspect. ^

A Bathnrst, les négresses se Uvrent aux pitts dffin ^ travaux : elle» chargent et déchargent les navirei ^ qui accostent les comptoirs. C'est pitié de les mr , rompues de fatigue, ployées sous leur ferdeM, | n'ayant plus rien de la femme, ni la grâce, ni 11 pudeur, ni presque la forme! Et quand arrive le soir, au lieu de se reposer, elles s'enivrent de gin, et passent la nuit à crier et à danser, jusqu'à ce qn'eUef s'affaissent sur elles-mêmes, vaincues par la lassi* tude et par la plus brutale ivresse.

Les terrains de la rive gaudie du fleuve Cramhiey oit Sainte-Marie fut bâtie en 1815, sont extrémenBeni

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marécageux» el partant trës-malaaîiis. Les babîtatioaa 8*y élèvent le long da ieuve, dont une route plantée d'arbres les sépare» el forme «ne promenade ombragée. Il s'y fait «a commerce très-aetif : les caravelles y affinent de tentes parte» sartont dn Falakonda. On ne penl gaère s'aventnrer snr le fleuve» même avec un navire d'an fiiible tinmt d'«an» à pins de cent qaarante milles» ce qoi ne ccmduit pfti jusqu'aux îles Mae'Harthy; force est de oontiaaer en pTrogues» et les traitante poussent ainsi jusqa'i Yaanameron. Il y a une barre très-forte à Barraconda.

Snr la rive droite de la rivière» s'étend une langue de terre d'un mille de largeur» onCermée entre deux criques : celle de Boonyado et celle de Swara-Cunda» qui servent au commerce de l'intériettr.

La petite pièce de terre entourée d'eaa où a été bétie Sainte-Marie communique par un étroit canal, la soi-disant crique aux huitres, à Tile anglaise deCombo» qui comprend le territoire deSabbajee et pfaisîears villes habitées principalement par des vieillards» car la population jeune les quitte pour aller travailler dans les factoreries européennes de Baihurst, Ces territoires de la rive gauche de la Gambie ont été conquis sur les marabouts de Goonjour» gens vindicatifs» mous et efféminés» qui y sont encore au nombre de plus de cent mille. D'ailleurs» la eelonie a des voisins hostiles, entre autres les rois

de Combo et de Barre, qui parfois essayent d'entraver le commerce des caravanes, en vue de rétablir les droits qu'ils percevaient jadis sous le nom de coutumes j et qui ruinaient le trafic européen. Mais il y a aujourd'hui à Sainte-Marie une force militaire suffisante pour repousser ces tentatives, et protéger les intérêts des blancs.

Dans la soirée que je passai à Bathurst, j'entendis un Griot psalmodier au son du tambourin une curieuse légende : il redisait dans une mélopée plaintive l'histoire d'un revenant dont Tesprit hantait le poste européen de Mac'Harthy. a II y a bien du temps, chantait-il, un sergent à visage pâle, dans un accès de fièvre chaude, s'y est tué... Depuis lors, son ombre erre dans le voisinage... La nuit, elle vaque au service du poste, comme si celui qu'elle représente y commandait encore... et la terreur règne tout alentour.. . et le soir les négrillons n^osent s'y hasarder... et les marabouts distribuent gri-gris sur gri-gris pour combattre la terrible et néfaste influence exercée par cet esprit vagabond sur les champs et sur les huttes du pays... »

Cependant le lendemain, de bonne heure, nous levions l'ancre, en direction de Sierra-Leone. Noos laissons dernière nous le fleuve Casamance, à l'embouchure duquel se voitrileCarabaneoiifutfondé,ea 1830, le premier comptoir européen. Depuis 1860» le cours de la Casamance appartient aux Français»

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