CHAPITRE IV
nui s'oublie jusqu'à frapper un de ces noirs citoyens, {uand bien même il s'est vu insulté par lui! Il est traduit en justice, et, de par les armes qu'on leur a fournies, ils le condamnent sévèrement, et leurs avocats, — ils en ont ! — l'invectivent de plus belle. Évidemment la reconnaissance pèse au cœur de ces malheureux; sinon, pourquoi se complairaîent-ils à se rendre, en toute occurrence , désagréables aux Européens, à entraver leurs affaires, à leur susciter sans cesse des ennuis et des tracasseries ? Tout cela prêterait à rire s'il n*était profondément triste de ne récolter que de l'ingratitude où l'on a semé les bienfaits.
Ridiculement parés d*habits taillés àl'européenne, un parasol à la main pour protéger leur noire tignasse, les affranchis paradent, nonchalamment assis dans de petites voitures d'invalides traînées par un ou deux jeunes nègres» leurs frères, qu'ils regardent avec dédain, et qu'ils traitent, non comme ies esclaves, mais ccnnme des bêtes de somme. Rien de plus écœurant que ce spectacle 1
Quant aux véritables indigènes de Sierra-Leone et des environs, souvent , sous des dehors sauvages, ils sont intellectuellement et moralement beaucoup mieux doués que les affranchis. Certains d'entre eux, les Akus , les Egboës , s'adonnent à l'industrie et à la culture; lorsqu'ils viennent à Freë-Town, ils ont Tair craintif : c*est là un de leurs traits caractéris-
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tiques; en guerre ils se signalent par leur cruauté. LesTimanîes, au contraire, sont vifs, intelligenfs et très-loyaux. Quoique fétichistes, ils sont néanmoins circoncis. C*est le cas, d'ailleurs, pour la plupart des peuplades africaines.
Viennent ensuite les tribus qui peuplent les contrées de Bulama et de Sherbro ou Shabras , récemment annexées à la colonie , et dont les habitants traGquent activement avec les Européens, qui n'ont, an reste, qu'à se louer d'eux : ils sont propres, trèsbraves , et point cruels ; ils se distinguent par leur courage et leur bon vouloir.
Les marchés de Sierra-Leone sont fréquentés aussi par des Korsors et des Sousous, belles races d'hommes, mais remuants et tracassiers; ils professent le culte des fétiches, et manquent de probité dans leurs transactions ; leurs femmes ont des mœurs d*une incroyable sauvagerie. Ils habitent au nord de la colonie, en face de l'ilc de Los.
Sierra-Leone se peut diviser en trois parties : les y'ûles de la côte, York, Kent et File des Bananes, dont les habitants sont fort pauvres et le commerce très-faible; les villes de la rivière, Hasting, Waterloo, Wellington et Kissy, qui forment la partie la plus commerçante et la plus importante pour le trafic européep ; enfin, les villes 4e la montagne, Gloster, Leicester, Régent, Charlotte et Wilberforce, où donyne l'agriculture.
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La petite île de Balama , peaplée Je Portajû noirs appelés MaDJagoës, foorait êgileagat de koBf bvailleurs à la colonie ; les MuijagcMS soolde pelile bille, mais excellents marins.
Le commerce de Sierra-Leone consiste sarioat cb iioile de palme, dont la majeare partie arrire par la rivière Roquelle ; le centre principal àt ce traie. à Tintérieur, c*est Pcrto-Logo. L*or ea poadre et Tor travaillé arrivent aassi â Sierra-LeoBe. aoais ea faible quantité, apportés parles Fcwlaks et les Mai»dingues ; les étoffes, les cotonnades, les lerroteries « les ustensiles de ménage, les fasik à silex j sciat Tobjet de nombreux échanges.
La Roquelle est une grosse ririére qai OMnl au nord-nord-est dans le Fonia-Dialoa; ile*t taème à présumer qu'elle rejoint le \iger. MalbeareaK' ment la route en est fermée, par saite de l'boMîïîlé des Soulimanes qni disposent d'ooe année cx^asbreuse et bien disciplinée, et qoi à aocaa pris ae veulent livrer ce passage aux Européens. Ils soal d'ailleurs eux-mêmes en guerre continoelle arec les Koarankos, dont les principales villes, Kaaiala et Zima, sont situées, la première sor la rive gancbe, la seconde sur la rive droite, mais plas an nord, de la Roquelle.
Chez ces peuplades fétichistes, la fervf or égale le fanatisme des musulmans; les prêtres j jouissent de la plus grande influence, et célèbrent pom*
peusèment les cérémonies de leur culte aux divers phases de la vie, à la naissance, au mariage et à la mort. Au surplus, il y a là autre chose qu*un fétichisme grossier : certaines associations religieuses unissent les adeptes, et leur fournissent le moyen de défendre leur foi contre les efforts du christianisme et contre le prosélytisme musulman. Les membres de ces congrégations se nomment Pourrahs, et leur pouvoir s'étend jusqu'au cœur de l'Afrique. .
Un jour qu'en compagnie de mon ami Louis Bicaise, j'étudiais les différentes races indigènes que j'avais sous les yeux, je m'arrêtai étonné devant une dizaine de femmes noires d'un type étrange : à rencontre de la négresse, leur tête, bien faite^ était couverte d'une chevelure soigneusement peignée; leurs traits, relativement beaux, rapp'elaient beaucoup les Foulahnes pour qui je les pris d'abord.
tt Mon cher Louis, fis-je en les lui montrant, voyez donc ces femmes qui n'ont qu'une seule boucle d'oreille à gauche. Est-ce là un symbole religieux, une distinction de caste ou de race, et ces femmes sont-elles des Foulahnes?
— Non, répondit-il ; ce n'est pas un signe religieux, et ces femmes ne sont point des Foulahnes. Elles viennent^ du pays de Kouranko,,qui a été maintes fois saccagé par les Foulahs dont il a le joug en horreur. Il a reconquis sa liberté, et c^est en haine des Foulahnes dont les boucles d'oreilles sont