CHAPITRE IV
d*hommes est an véritable roman^ tout rempli d^horreurs, de cruautés, de scènes de débauche et de désespoir. Au delà de Gallinas, le cap Monte déroule à nos regards son panorama boisé. Ici commence lacote^des Grains, et la contrée qui longe la rive, c'est la petite république de Libéria, fondée en 1822 par des esclaves affranchis d'Amérique. Nous jetons Tancre dans une baie fort belle, commandée parle cap Mcsurado, au pied duquel, sur la rivière de ce nom, est bâtie la capitale, Monrovia. Un peu plus au nord, coule le Rio-San-Paul qui prend sa source au nord-est, dans les monts Kong.
Déjà elle a son histoire, cette petite république, calquée sur celle des États-Unis, dont elle a adopté une des étoiles pour emblème. Que de luttes n'at*elle pas en à soutenir contre ses voisins, les Weys, qui habitent le cap Monte et le pays à Test de Gallinas ! Heureusement elle avait pour alliés les Gaulas, qui lui cédèrent leur territoire, et elle ne tarda pas à s'agrandir, tantôt par des cessions volontaires et payées, tantôt par les armes, quand elle avait affaire à des peuplades limitrophes remuantes et hostiles.
Ses principaux articles d'exportation sont le café et la canne à sucre. Son café est excellent et d'un arôme exquis; il coûte environ un schellingla livre. La plupart des maisons de commerce de Monrovia sont allemandes ou hollandaises. La république est gouvernée par un président, homme de couleur,
qui passe pour très-afiable et très-întelligent. Bref, atec son climat relativemeat salubre, Libéria est dans les meilleures conditions de prospérité, et Ton s'étonne que son commerce et sa culture se développent si lentement.
Monrovia n'exporte guère d'huile de palme, mais Grand-Bassa, où nous touchons bientôt, en produit abondamment, et en effet la contrée est pleine de magnifiques palmiers. De nombreuses factoreries sont installées sur la côte, et très-souvent notre navire s'arrête devant l'une ou l'autre. A chaque fois, le rivage se couvre de nègres qui lancent leurs pirogues à l'eau, y chargent des tonnes d'huile de palme, voguent vers nous à grand renfort de coups de pagaie, et^ afin de s'encourager, poussent des cris perçants ou imitent de la voix le bruit que fait la machine à vapeur d'un steamer au moment où il s'ébranle. On tire aussi de Grand-Bassa un peu de café, et du bois de teinture dont la valeur est d'environ trente-quatre livres la tonne anglaise (750 francs les 2,240 livres).
Si l'on ne m'avait parlé à l'avance de la côte de Croù, je me serais imaginé, en arrivant à Grand-Cès, quele Corisco était pris à l'abordage parles naturels : à peine avions-nous stoppé, qu'une multitude de pirogues nous entourent, et qu'en moins de rien, plus de deux cents noirs se hissent sur le pont, criant, hurlant, gesticulant; aux cris succèdent d'abord les