‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 39 sur 145 · CHAPITRE iV. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE iV. S

querelles^ puis aux querelles les coups; les combattants se jettent ou sont jetés à la mer, et en toute bâte rejoignent leurs canots. Les autres assaillent le capitaine, les officiers, les matelots, à qui ils s^adressent tous ensemble, en s*aidant du geste quand les quelques mots anglais qu^ils savent ne se présentent pas assez vite à leur esprit. Sans armes* et presque nus, ces braves gens sont des Croumanes : ils offrent leurs services et demandent à travailler, soit à bord, soit aux comptoirs européens de la côte. Habituellement chaque navire en engage une escouade, commandée par un des leurs, qu'ils élisent eux-mêmes et qui prend le titre de headman. On emploie les Croumanes aux rudes travaux aux* quels la chaleur et Finsalubrité du climat empêchent de soumettre les matelots anglais; à partir de Croù^ FEuropéen se doit effectivement ménager beaucoup^ et d'ailleurs le grand trafic qui se fkit sur cette partie de la côte, où les comptoirs sont nombreux, y aggrave singulièrement la besogne des hommes du bord. On y pourvoit en adjoignant un équipage nègre à celui du navire.

Ce serait une erreur de croire que les Croumanes sont tous esclaves; il y en a parmi eux, mais ceux de la côte sont libres : la largeligne bleu foncé qui va du sommet de leur front au bout du nez, et qui est un tatouage, est aussi le signe deleur indépendance. lisse louent volontairement, comme des ouvriers à Tannée.

Suivant les conseils qii*on m'avait donnés, je me mis à mon tour en devoir de recruter une escorte parmi ces braves gens. En un clin d*œil, plus décent d*entre eux s'étaient précipités vers moi, lorsque, un carnet à la main, ils m'avaient vu commencer à faire mon choix. Mais dès qu'ils surent qu*au lieu ' d'un engagement dans une factorerie, il s'agissait d'un voyage d'exploration, bientôt les rangs s'éclaircirent. Ce fut bien pis lorsque je leur appris que mon entreprise offrait des dangers, qu'elle exigeait de l'énergie et du courage, surtout lorsque je leur dis que je me proposais de pénétrer le plus loin que je pourrais dans l'intérieur des terres. A ces mois, presque to^us s'esquivèrent. Heureusement, comme ils sont tous de solides gaillards, les douze d'entre eux à qui j'accordai la préférence n'en avaient pas moins, avec une honnête figure, la plus robuste apparence. Je les installai à l'avant du navire, et leur remis à chacun une carabine Remington, afin de les familiariser avec cette arme, et de leur permettre d'en étudier à loisir le mécanisme. Bientôt ils fraternisèrent avec les matelots, et sons aucun rapport je n'eus, pendant toute la traversée, à me plaindre de leur manière d'être.

Toute la partie de la côte qui avoisine le cap Palmas est très-dangereuse. Çà et là des rocs surgissent à marée basse, et, sans qu'on s'en doute, les bâtiments sont entraînés sur les brisants. A la pointe est

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