CHAPITRE V. . . ICI
Quand vint le jour, je crus m*apercevoir qil^ mes Croumanes devinaient notre situation : le découra- ■ gement semblait s'emparer d'eux. J'essayai de rani-'- y\-. mer leur énergie par quelques bonnes paroles, et toute la journée le canot glissa sur ces eaux solitaires, sans que rien nous vînt avertir que nous approchions du but. A la nuit, nous stoppâmes de nouveau en plein inconnu.
Mon Dieu! nous Taudra-t-il donc mourir ici? Nos vivres frais s'épuisent : aujourd'hui nous entamons les conserves; plus de viande, plus une goutte de vin, plus un légume; et à Thorizon, pas un village, pas une hutte, pas une trace humaine! J'en arrivais à désirer la rencontre d'un pai ti de nègres, dussentils me livrer bataille; mais rien, rien, pas même une bête fauve !
La nuit fut atroce; ces éternelles criques étaient semblables à l'enfer de Dante; une main invisible y traçait à mes yeux cette sentence des damnés : vous qui franchissez celte porte, laissez sur le seuil l'espérance, lasciate ogni sperahza I
Le quatrième jour n'amena aucun changement :
nous étions bel et bien égarés.
Tout à coup, vers quatre heures de l'après-midi, mes Croumanes, sans en avoir reçu Tordre , cessèrent de ramer; mornes et taciturnes, l'œil sombre, ils paraissaient en proie au découragement le plus profond.
. . a Allons, mes enfants, leur criai-je, encore a/> peu d'énergie! un dernier effort! Courageux Crod'^ mânes, ne voulez-vous donc plus revoir votre beai^ pays de Grand-Cès, et vos forêts de palmiers, etl^ sable de vos rivages?. . . Voulez-vous périr ici comm0 de faibles femmes? Courage, courage ! La terre ferme est près de nous : nous y trouverons des bœufs, des moulons, du vin de palme et des bananes dorées! h^ Niger n'est pas loin!... Courage, robustes enfants de la côte de Croît! ramez, ramez toujours!... «
Et tout fiévreux, je saisis moi-même un aviron. Entraînés par mon exemple, ils ramèrent jusqu'au soir. Mais, hélas! la terre promise fuyait, fuyait... sans fin ni cesse.
Vers le milieu du cinquième jour, à une heure de Taprès-dîner, la crique où nous voguions soudain s'élargit notablement.
(c Nous touchons au but, dis-je à mes hommes; de grâce, encore un effort ! i»
Et en effet, cette vue ranima leur ardeur, et ils ramèrent vigoureuisement, non-seulement jusqu'au soir , mais même pendant une partie de la nuit; car la largeur du cours d'eau et la clarté de la lune permettaient de naviguer sans crainte de se jeter dans quelque massif de palétuviers, dont on ne se serait dégagé ni sans peine ni sans dommage.
Quant à moi, j'étais loin de partager la confiance que je cherchais à inspirer à mes Croumanes : les
■, rame,, ramez loujourtî. . . . (ïi^e Wi."\