‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 45 sur 145 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

li^Qx fixés sur raîguîlle de mon compas, je la voyais

s^obstiner à marquer le sud, tandis que si la crique

nous menait au Niger, elle aurait indiqué plein

nord. Et puis la largeur môme du cours d*eau ne

laissait pas que de m'inquîéter : cela ne ressemblait

point à Taffluent d'un fleuve. Parfois même, un

certain courant s*y remarquait : on eût dit d'un bras

de rivière se dirigeant vers la mer! Dans la journée,

je goûtai Teau : elle était saumàtre. Or, si nous

étions près du Niger, à la hauteur d'Approprama,

du Horse-Shoe-Bank , ou môme du Point-NicoUe ,

la marée ne se ferait pas sentir. Décidément, c'est à

VOcéan que cette crique nous mène. Mais à quel

point? et quand y arriverons-nous? L'eau douce va

nous manquer : il n'en reste que quelques litres ,

et nous sommes treize!... Demain les Croumanes

la boiront d'un seul trait, et quand nous n^en aurons

plus, que devenir?... A tout hasard, j'en remplis

deux bouteilles que je tiens cachées près de moi.

Le lendemain matin , en effet , mes hommes en burent le restant, et, comme d'habitude, la remplacèrent par de l'eau de la crique , sans se douter le moins du monde qu'elle était salée. A quoi bon les en instruire? Je devinais quel serait leur désespoir en apprenant que nous n'avions plus d'eau douce; je savais qu'en présence de notre détresse, il y avait tout à redouter de leur défaillance et de leur irritation. Ce moment-là viendra toujours assez tôt... Et

]t4 NIGER ET BÊNUÉ.

avant que l'un d*eux ait soif, peut-être aurons-non^ aperçu la terre ferme ou une pirogue indigène qu^ nous donnera de Teau, ou nous dira où en trouver*

Vers dix heures du matin, le plus jeune de mes rameurs (son nom de guerre était Four-Feet) se voulut rafraîchir; aussitôt il cracha la gorgée qu il venait d'avaler, en criant :

a L'eau salée!... l'eau salée!... »

Instantanément la pirogue s'arrêta, et tous mes rameurs se penchèrent, prirent un peu d'eau dans le creux de la main, et y portèrent les lèvres; silencieux et mornes, ils me regardèrent alors d'un œi désespéré et menaçant.

a maître, cria Four-Feet, tu nous as don< amenés ici pour nous faire mourir!

— Croumanes, répondis-je, écoutez-moi : N'ai-ji pas jusqu'à présent partagé vos fatigues et vos privations?... Moi qui ne suis pas acco^lumé à voi rudes travaux, me voyez-vous me désespérer?... S je conserve du courage, c'est que je sais que now. arrivons. Je connaissais cette route, mais je tenai: à la retracer exactement sur ma carte ; voilà pour quoi vous m'en avez vu étudier tous les circuits.. En ce moment nous sommes tout près de la mer et là, aux comptoirs des hommes blancs, je vou donnerai de quoi oublier toutes vos souffrances.. Encore quelques heures de patience! »

Et comme l'avant-vcillo , je maniai moi-raêm<

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