CHAPITRE PREMIER
les temps sont changés! Aujourd'hui, au lieu d'entraves, les pionniers^ de la civilisation trouvent partout aide et assistance. L'exemple part de haut : un roi se place généreusement à la tète de la plus noble entreprise , anime les courages , stimule le zèle, et met sa gloire à l'accomplissement de cette bienfaisante devise : ouvrir à l'Europe les portes de rAfrique, à l'Afrique les trésors de l'Europe !
Elle est fort belle l'entrée du Tage avec les tours moresques qui la flanquent et que surmontent des phares, étoiles du pilote. Bien belle est aussi la tour de Bélem , ce bijou architectural , que jamais n'oublie celui qui a eu l'heur de l'admirer et que si souvent la peinture a reproduite avec amour.
Cependant nous voguons de nouveau en pleine mer; peu bénigne jusqu'ici, elle est^ maintenant agitée, grondante, houleuse, et V Equateur, au grand dommage des estomacs sensibles, est ballotté sur les flots comme une coque de noix.
Le 12 avril, nous passons au large des îles Canaries, dont je ne distingue dans le lointain que le pic de Ténériffe avec sa cime couverte de neige, tandis fu'à ses pieds les fleurs s'épanouissent et que les oiseaux chantent un éternel printemps.
Vingt-quatre heures après, le climat change du tout au tout. A notre départ d'Europe il faisait froid; maintenant la chaleur nous accable, la brise de mer est la bienvenue, et nous demandons à
4 NIGER ET BÉXUÉ.
nos colis une coiffure et des vêtements africain Dans la nuit du l^, nous stoppons. Le 15, de ho matin, je cherche du regard la côte d'Afrique ; mai elle est noyée dans un épais brouillard. Le phar érigé sur Tune des mamelles, monts qui comman dent Dakar, n'est pas encore en vue, et, par pru dence, nous attendons que la brume se dissipe, Cc peut-être y a-t-il des récifs dans le voisinage.
Enfin , vers neuf heures , le brouillard tombe ; se ramasse, se condense , se pelotonne au pied di monts, rase la rive, et à travers ses déchirures, lorgnette braquée, j'aperçois des arbres à feuill larges comme des ailes de moulin, des fusées < verdure, des tiges hardies surmontées de bouquc touffus, pareils à de gigantesques candélabres. C'est bien elle, c'est l'Afrique, avec ses cocotiers ses fiers palmiers en sentinelle ! Tous, nous somm sur le pont, silencieux, recueillis, et à part moi, me dis : Salut, terre semée de périls! Quel sort n réserves-tu? Nouveau Saturne, après en avoir dévo tant d'autres, daigneras-tu m'étre propice?... Di le veuille!...
Pendant ce temps Y Equateur s'avance lentemei double la pointe des Almadies et le cap Bernar longe l'île de Corée et pénètre dans la baie Dakar.
A peine a-t-il jeté l'ancre , que de partout accc rent des canots qui font cercle autour de lui. Debo